Il n’éprouve aucune répugnance à faire des faux ou presque—et a une grande peine à se savoir trompé. Vous savez aussi que Coco Sorbier est tuberculeux, que les trois amis, Gosseline compris, mousquetaires de la Troisième une et indivisible, vont aux houzards, que Coco Sorbier, après avoir fait arrêter Maximilien, meurt d’attendrissement entre ses bras, que Maximilien a été blessé au cours d’une grève non sans avoir tué son ancien ami, un ouvrier, et que la fortune de Sorbier va au cadet de Coutras et à Gosseline.
Au théâtre, les deux derniers actes, un peu montés de ton, ne nous donnent que l’agonie de Coco, discrète et distinguée, dans son petit château de garnison et à l’hôpital militaire, et l’apothéose du cadet de Coutras, médaillé pour avoir sauvé son capitaine.
Il y a des mots, presque tous les mots, même des chroniques qui ont perdu de la saveur, des remarques qui ont de la bouteille, des raccourcis qui exigent la lecture des volumes, mais ça a de l’allure et même de la gueule, car M. Mirande a accroché aux sarcasmes de l’auteur d’Eddy et Paddy des termes d’argot et de haulte gresse. On hésite entre le sourire et l’émoi: c’est très curieux—et assez long, assez menu, non sans hésitation.
Les décors sont parfaits et l’interprétation fort brillante: M. Jean Dax est un Gosseline un peu vulgaire mais fort; M. Roger Puylagarde est un peu trop jeune et trop forcené en Maximilien, tour à tour trop féminin et trop mâle; M. Becman est un Coco Sorbier très coco et très toussotant, M. Joffre est un duc épique à empailler vivant, M. Baron fils est un énergumène trop doux, M. Lacroix est fort gentil, MM. Luguet, Vertin, Charrot, Chartrettes, etc., etc., sont excellents.
Mme Jeanne Dirys est une Irma séduisante et attendrie, Mlle Ellen Andrée est la plus effarante des manucures, la plus inquiétante des marchandes à la toilette; Mmes Théray et Vallier sont aussi duchesse et marquise que possible; les deux Fusier sont charmantes. Enfin, il faut louer l’effort de Mlle Dherblay, qui a été exquise dans le personnage de Lucienne: elle remplaçait, au pied levé, cette délicieuse et poignante Annie Perey, qui se faisait une fête de créer ce rôle: elle a été, elle est encore à la peine; qu’elle soit à l’honneur.
Mais pourquoi diable MM. Hermant, Mirande et Porel donnent-ils un pantalon de sous-officier à un garde-manège et une tenue de sous-intendant à un médecin principal?
AU GYMNASE.—Papa.
Le duo Flers-Caillavet module triomphalement une romance panachée: «Ah! quel malheur d’avoir un père!»
Ah! que j’aime le don des larmes! Que j’aime les pleurs charmants, l’attendrissement souriant, l’émotion furtive qui, de fondation, élurent domicile au Théâtre de Madame et qui, hier, revécurent en une apothéose courante! Avec leur escorte ailée de Pierre Wolff, d’Octave Feuillet, de Scribe, de Sedaine et de La Chaussée, les conquérants irrésistibles que sont Robert de Flers et Gaston A. de Caillavet s’adjugeaient un nouveau domaine, tout mouillé de rosée et de sentiment. On a ri, souri, éclaté, pleuraillé: il y en a eu pour la rate, le cœur et même le cerveau, et ces trois actes fort applaudis ont apporté jusqu’à de l’imprévu—ou presque—et de l’incertitude. Voici: