—Mes bien-aimés Bourdes, recueillez-vous: le roi va roter!...

—Mes bien-aimés Bourdes, Deo gratias, le roi a roté!

La reine écrit à Bombance «Mon pet bien-aimé...» Mais il est tant question de pets que, lorsqu’il y a eu du tumulte, un enthousiaste a traité les protestataires de «Tas de constipés!». Je passe sur les «intestins desséchés» et autres gentillesses; ça ne vaut pas le «Corne-gidouille!» du bon et pauvre Alfred Jarry.

C’est du symbole trop clair ou trop bruyant, avec de l’obscurité, des nuages, de l’odeur. En somme, c’est la vieille fable du bon La Fontaine, Les Membres et l’Estomac. Le peuple des Bourdes (sic) détrône son chef, le roi Bombance, chasse toutes les femmes, s’abandonne aux cuisiniers Tourte, Syphon et Béchamel, est opprimé par lesdits marmitons, mange le roi, ses ministres et ses maîtres-queux, est obligé de les vomir,—c’est comme j’ai l’honneur de l’écrire,—et les rois, prêtres, ministres, reprennent le pouvoir et la tyrannie jusqu’au moment où Sainte-Pourriture et le vampire Ptio-Karoum s’en viennent faire justice de tout ce joli monde et le rendre au néant d’où jamais il n’eût dû sortir. J’allais oublier un poète qui s’appelle l’Idiot et broche sur le tout, et qui, battu, avalé et rendu comme les autres, broie du noir et de l’azur et vend de l’idéal pour rien.

Les décors variés et éloquents de Ronsin, les costumes fantaisistes et truculents du pauvre Ranson, la vaillance héroïque des acteurs n’ont pas défendu le premier acte de l’indifférence unanime, les autres d’un hourvari sans respect. M. Marinetti aura sa revanche. Au fond, il n’est peut-être pas mécontent: inventeur du futurisme, il compte pour rien le présent. Qu’il se méfie, cependant, de certains blasphèmes inutiles, d’une verve aussi sacrilège que factice et d’un vocabulaire culinaire qui n’a pas d’ailes. J’aime mieux Messer Gaster du divin bonhomme que Le Roi Bombance. Il faut louer, parmi les artistes, M. Garry, poète éthéré et étoilé; M. Jehan Adès, panse auguste et plus que royale; M. Henry-Perrin, moine pis que rabelaisien; M. Maxime Léry, très ardent et très bien disant en marmiton-politicien, et tant d’autres qui piaillent, qui hurlent, qui éructent, qui tuent, qui meurent et qui renaissent à qui mieux mieux.

Tout de même, mon cher Aurélien-François Lugné-Poé, les temps héroïques sont passés!

THÉATRE RÉJANE.—Le Refuge, comédie en trois actes, de M. Dario Niccodemi.

C’est une très piquante, très jolie et très heureuse aventure qui arrive au théâtre de Mme Réjane et à M. Dario Niccodemi. Celui-ci, Italo-Argentin, un peu directeur, un peu adaptateur, auteur pour jeunes filles, joué en espagnol dans les Amériques, dans la langue de Goldoni à Bruxelles, fier d’avoir appris, en huit ans, depuis le premier mot de français jusqu’aux pires secrets de notre génie, habile homme, au reste, et avantageux, prêtait presque à sourire, d’avance, au petit monde exclusiviste, léger et sans indulgence qui s’appelle le Tout-Paris des répétitions générales. Et puis, ne s’agissait-il pas d’une pièce montée, répétée, présentée sans éclat d’avant-garde, sans «fla-fla», à «la papa»? Si ç’avait dû être bon et beau, on l’aurait su, n’est-ce pas?

Eh bien, il se trouve que le Refuge est une «œuvre», sans plus, une œuvre de sincérité, de sobriété, de force et de nouveauté, profondément humaine et inhumaine—c’est tout un,—d’un développement tranquille, sûr, impitoyable, sans concessions, sans «trucs», âpre, haute et cruelle, qui commande le respect et l’émotion. Le Refuge a étonné, saisi, tenu en haleine les spectatrices et les spectateurs: on l’a nerveusement et longuement applaudi. Comme il faut des comparaisons, on prononçait le nom du puissant dramaturge de Samson et du Voleur; on disait: «C’est du théâtre à la Bernstein!». C’est aussi bien du théâtre à l’Hervieu et, surtout, à la Becque. Mais, pourquoi chercher? C’est quelque chose, c’est une belle chose, c’est un triomphe qui aura des lendemains. Voyons: