... Ay chiquita que me muero

Sabiendo lo que te quiero,

Y que me muero por ti!...

Il faut savoir gré à MM. Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet, qui ont très discrètement mis du français sur le livret viennois, d’avoir rétabli textuellement des phrases de Meilhac, mais qu’importent un texte, des paroles, des mots en cette sarabande éblouissante, en cette furie de mouvements, de sourires, de désirs irrités et de refus mendiants, de refrains-gigognes qui fusent, qui éclatent, qui se multiplient, qui, soulignés de gesticulations, de grimaces, de groupements comiques, de gigues funambulesques, deviennent des hallucinations mélodiques et les plus gais, les plus tyranniques cauchemars? L’Attaché d’ambassade ne comportait que deux décors, une salle de l’ambassade et une serre, à la campagne, près de Paris. La Veuve joyeuse a la salle de bal, un parc avec temple antique, le sanctuaire même du bar Maxim’s avec une infinité d’uniformes exacts, de travestissements nationaux fantastiques, de broderies, de seins, de cheveux, d’yeux, dans une atmosphère changeante, éternelle, électrique de sensualité et de sentimentalité. Car il y a la petite fleur bleue à la viennoise, le souvenir d’enfance, qui se danse et qui pâme, la gemütlichkeit, avec de la fantaisie et des tziganes.

Ç’a été un triomphe: les airs les plus connus ont été salués avec transport, les airs moins connus ont paru nouveaux: la berceuse, la valse évanouie et frénétique, la bourrée plus ou moins russe, les couplets tendres, les couplets farces, tout a plu: c’est touchant.

La veuve joyeuse, c’est miss Constance Drever. On sait que, dans ce rôle, on n’a que l’embarras du choix: il y a deux mille veuves joyeuses comme il y a trois mille Salomé: eh bien, miss Constance Drever est étonnante de fougue, de langueur, de sourire, d’exotisme, de charme artificiel et infatigable, de zézaiement gentil, de voix souple, de geste infini: quand elle se laisse emporter par le joli baryton Defreyn (le prince Danilo) en une danse de septième ciel, elle respire toute la volupté, d’avance. Mme Thérèse Cernay est une ambassadrice ardente, retenue, pudique et cynique de la plus juste voix. Mme Nell Breska chante fort bien et trop peu, et Mme Landar est on ne peut plus comique. J’ai dit la grâce impertinente, l’émotion involontaire et vibrante, l’énergie virevoltante de l’harmonieux Defreyn: Sardieux, en hussard, est un ténor élégant; Casella et Saidreau sont coquettement grotesques; Victor Henry est, comme toujours, le plus irrésistible bouffon. M. Félix Galipaux joue l’ambassadeur avec une frénésie, une jeunesse, une conscience, une foi inouïes: il est plus Galipaux que nature: ses galipettes sont épileptiques, historiques, légendaires.

Et la Veuve joyeuse, dans son faste oriental et parisien, avec ses danseuses, ses mimes, sa figuration, sa folie, sa musique capricante, berçante et énervante, ses chairs étalées, ses frissons de gaze et de tulle, ses clochettes et ses violons a pris Paris, un peu tard, comme tout l’univers.

Quand reprendra-t-on, au Vaudeville ou au Français, l’Attaché d’ambassade—sans musique?

THÉATRE DES ARTS.—Œuvre posthume, un acte en vers, de M. Alfred Mortier; l’Eventail de lady Windermere, pièce en quatre actes, d’Oscar Wilde (adaptation de MM. Rémon et J. Chalençon).