Libre parce que je n'ai plus ni hypnotiseur, ni conseiller cynique et bonasse, libre parce que je n'ai plus besoin de mon terrible cousin de ministre (j'espère que vous l'avez remercié pour votre rosette), libre envers mes victimes et mes employés.
Car je continue à exercer mon industrie.
J'ai charge d'âmes, d'âmes à délivrer—s'il en reste,—d'âmes à nourrir, avec le corps. J'ai hésité, j'ai interrogé ma conscience (mais oui!) et mon cœur (parfaitement!) Et nous avons eu, hier soir, notre mendiant quotidien (deux ou trois au nombre) et un type qui n'est pas pour me faire changer de main (vous verrez ci-après le gabarit du coco).
Je vous avouerai, en outre, que j'ai besoin d'occupation et de distraction, que la méditation m'est lourde et insupportable et que j'ai trop de souvenirs pour un seul homme.
Je fonderai, à l'automne, un journal gouvernemental, mais nous nageons encore en plein été et je tiens à posséder personnellement la moitié plus une des actions, argent comptant: j'ai peur de me soupçonner et convaincre d'ambitions politiques. La famille, voyez-vous!
J'ai un cousin ministre. Pourquoi ne serais-je pas député?
Vous m'avez rendu l'honneur—l'honneur d'un autre—et prêté une nouvelle vie—la vie d'un autre. Je suis un citoyen tout neuf, tout battant neuf, un électeur qui n'a pas encore servi, un éligible à la disposition des scrutins. Je vous dois tout—et la liberté qui est plus que tout.
Vous êtes mieux que mon père. Passons.
Ou plutôt, puisque nous n'avons pas encore quitté ce terrain, vous me laissez deviner que vous êtes, non fatigué, Dieu merci! mais las! et, si j'ose employer ce mot, un peu écœuré!
Vous n'avez jamais profité de vos congés, vous les avez capitalisés: ça fait un assez joli tas de campagnes et d'annuités. Bref, vous avez droit à votre retraite: pourquoi n'en jouiriez-vous point? Et vous me permettrez de donner à ce terme: jouir tout son sens, tous ses sens.