Elle s’excita un peu sur ma gloire neuve, en l’imaginant à soi, m’approcha pour cueillir sur moi le secret de la chance et s’attendrit et ne trouva plus que de la fraternité.

Je m’attendris à mon tour, plus lentement, et ce fut une camaraderie songeuse, affectueuse et frissonnante. Nous nous contions nos enfances pareilles, nos misères pareilles et nous attendions le destin, en des cafés.

Bohème sentimentale plus que passionnée: Hélène appartenait à un autre, solidement. Elle portait un nom prédestiné.

Elle attirait, attachait.

Des gens l’avaient aimée, sincèrement, avant qu’elle eût du talent, l’avaient aimée pour elle-même, pour son corps et pour ses yeux farouches. Et elle me fut de l’émotion, des envies de pleurer, des crises d’humilité, un joli bruit de paroles et un joli silence, de l’humanité teinte en roux, un sourire et un mutisme fixe et attentif de chien d’arrêt qui guette l’avenir.

Et, Hélène, je te connus furieuse, agressive, méchante: c’est que tu te défendais d’avance ou en retard, contre la guigne d’avant-hier ou d’après-demain: tu m’injuriais, tu me raillais parce que tu avais peur et je ne répondais pas parce que je t’aimais et parce que, somme toute, j’étais plus «arrivé» que toi.

Nous fûmes un chaste ménage d’aventuriers pas en ménage, qui conspirent et qui s’arment: nous parlions art, nous nous partagions les mondes, nous pataugions dans de l’azur et de la pourpre et nous nous fâchions de temps en temps, pour ne plus penser qu’au présent, parce que nous nous effrayions de nos ambitions nouvelles, qui se gonflaient, qui s’affolaient d’être ensemble.

Et les honneurs te vinrent et tu disparus.

Tu revins un soir pour me dire des choses dures et te revoici.

Tu es tout à fait fraternelle. Un peu plus triste, peut-être, d’avoir moins à désirer—et nous avons un an de plus.