Car j’ai aimé. Je me suis perdu en des déclarations éloquentes. J’ai déclaré à Hélène que je l’aimais, sans préciser ce que j’aimais en elle. «Je vous aime c’est bref», mais je suis froissé de son «encore».

—Vous vous trompez, Hélène. Le mot «encore» n’a rien à faire ici. Ce n’est pas vous que j’aime.

—Ah! ce n’est pas trop tôt.

Je pourrais lui faire remarquer que mon amour ne l’embarrassa jamais beaucoup, que ce lui fut plutôt un collier d’améthystes lointaines qu’un carcan de fer, mais je suis emporté par mon lyrisme, et mon cœur éclate semant du sang et du ciel sur les routes que, là-bas, là-bas, suit et traverse mon amie.

«J’aime, Hélène, et je suis aimé. C’est une idylle, c’est, c’est...»

Je n’entends même plus mes paroles. Elles vont, jaillissent, rejaillissent et c’est très bien, très noble: ça me serre, ça me brûle la gorge: c’est mon amour qui s’épand, qui s’épanche, c’est le bonheur qui crie et c’est le désir qui, avec la satisfaction et l’espoir, forme un chœur: c’est une hymne, c’est une épopée: la grande ombre de la volupté se penche sur la terre.

Et Hélène, d’une voix étranglée, conclut: «Ah! Maheustre, pourquoi n’avez-vous pas eu la patience d’attendre!»

Attendre?

Qui? Toi?