Hélène, Hélène, je me suis excusé tout à l’heure de ne plus t’aimer. J’ai ajouté que c’était ta faute, que je m’étais enivré d’une ivresse plus forte lorsque j’avais trouvé une amie qui s’offrait, à la pensée que tu ne t’étais pas offerte.

Mais, Hélène, j’ai eu tort: tu ne t’es refusée que parce que j’ai bien voulu—et tu t’es donnée, dans ta vie.

J’aurais été humilié de te posséder puisque je ne t’aurais même pas prise.

De la pudeur, Hélène! Je ne t’ai pas eue parce que je t’ai réhabilitée, pour moi seul, pour moi, d’un amour sans désir, d’un amour de pitié et de fraternité, d’une intimité de pensée, sans arrière-pensée et je t’ai créée vierge, pour moi, à mon non-usage, je t’ai créée muse in partibus infidelium.

Ma sœur, tu te jettes là en une affaire de chair, tu te jettes sur mon désir et tu le saisis à pleine mains. Ah! Hélène, mon pauvre vain désir qui ahanne, qui cherche, qui hésite! mon pauvre vain désir, tu le détourneras facilement et tu jetteras sur notre pur passé le lourd reflet de notre enlacement.

Car, à l’époque où j’effeuillais avec toi l’avenir, je ne me souciais pas de chair, je niais la chair et j’élisais comme compagne et comme maîtresse la Puissance et la Gloire, incestueusement.

De l’humanité et de la divinité, l’irréparable m’ont assailli au détour d’un chemin et j’ai la bouche amère d’un goût de volupté, le cœur tanné de regret et le corps oint d’une sueur avide.

Tu regrettes? Tant pis. Car il est encore temps, tu sais, il est encore temps! Et le souvenir, après tout, sera meilleur.

Non. Car on ne touche pas au passé.