Hélène, Hélène tu demeures songeuse. Tu imagines une cour selon les principes de l’hôtel de Rambouillet, une interminable école de fidélité, avant, un culte d’attente, de fièvre discrète, de respect et de subtilité dans l’innocence. Tu as tort encore.

Car c’est moi qui ai attendu.

Et c’est Claire que j’ai attendue.

Tu as été, toi, un prétexte d’attente, une halte, une étape, la petite fille qu’on rencontre sur la route et à qui parfois, on demande son chemin, tu as été—peut-être—la tentation—qu’on déjoue,—qui tâche à vous détourner de votre but, qui tente en se laissant tenter et ne succombe pas pour faire succomber.

Et, Hélène, j’ai en ce moment, de mon isolement, de mon regret, de mon ardeur complices, la caprice de t’emmener là-bas, chez nous, pour un adultère pire que l’adultère, pour une étreinte si coupable et si inutile, à laquelle nous ne pourrions pas nous accoutumer. Mais tu remets ton manteau, sans hâte, et tu me tends la main et tu as toujours aux lèvres ton: «Pourquoi n’avez-vous pas eu de patience?»

J’irai seul à la chambre de mon amour—et je penserai—un peu trop—à vous, Hélène, qui fuyez, qui avez fui mélancolique et qui caressez un songe auquel vous ne consentiez point et qui vous devient précieux et cher aujourd’hui parce que j’ai dépassé ce songe et que je vis en un autre songe, plus haut.

Et voici que, chez moi, je ne sais comment, je perds ma clef. Il faut le temps d’en faire faire une autre, une clef qui n’aura servi à personne et qui ne servira qu’à nous: c’est le temps d’aller voir Alice.

Alice, c’est ton amie, chérie. Vous avez souffert ensemble de vos premières dents et vous vous êtes partagé les fées des premiers contes de fées: Alice prenait Urgèle, parce qu’elle a toujours été gourmande et tu prenais Carabosse, parce que tu avais bon cœur.

Vous vous êtes penchées ensemble sur des prières de jeune fille, sur de l’anglais et sur des manuels de politesse. Vous avez souri et rougi ensemble: on vous a enseigné la pudeur, à petits coups, conjointement et vous avez attendu des fiancés,—toi un peu plus longtemps, chérie.

Il y a le reflet de l’une de vous sur l’autre.