C’est aussi qu’il n’y a qu’une seule femme, toi.

Je n’ai pas voulu t’humilier d’autres portraits, d’autres fautes de femmes. Je n’ai pas voulu de comparaisons, d’excuses, d’encouragements, d’excitations.

Tu es chez toi, dans une chambre nouvelle, dans un monde nouveau, sans lois, sans coutumes. Fais ce qui te plaît: tu n’engages que toi—et tu ne t’engages pas.

Personne ne fera après toi ce que tu auras fait, je te le jure. Tu es, tu seras seule.

Ne demande pas aux murs leur avis: ils auront la couleur de ton caprice.

Tu ne t’arrêtes pas aux murs: de ton regard tu embrasses toute cette chambre, avant de m’embrasser—pour faire durer le plaisir.

Tu connais le mobilier: il n’a pas de style. Ce ne sont pas des meubles, c’est un décor, c’est un alibi: ce fauteuil est bleu, ce fauteuil est bleu et or, cette table est brune et cette chaise est verte: je suis pauvre. Tu n’as pas à connaître ces tapis: ils coûtent trente-neuf sous et si cette glace est profonde, c’est que tu t’y mires.

Mais une chose énorme te tire les yeux, te tire la face, t’attire toute: le lit, le lit qui n’y était pas lorsque tu vins, le lit qui est là maintenant, qui est peut-être venu tout seul, qui s’allonge, qui s’élargit, qui prend toute la chambre, le lit odieusement calme, odieusement patient, le lit passif, le lit tyrannique, le lit avide,—fatal.

C’est pourtant un lit très étroit, un lit presque d’hôpital, le lit qu’il faut à deux vieillards pour mourir côte à côte. La couverture est légère, légère pour la saison.