Ne regarde pas le lit de cette façon. Ça n’a pas d’importance. Il est gentil.

Non. Il te prend. Je n’ai plus rien à dire.

Je n’ose rien dire, ce lit m’effraie.

Et puisque c’est lui qui commande ici...

Chérie, chérie, tu as posé ton chapeau, tu as ôté ta voilette, tu as couché des épingles qui piquaient ta voilette, qui piquaient ton chapeau, qui entraient en tes cheveux et qui en sortaient.

Tu avais du blanc sur le bleu de ton corsage, un petit col blanc très modeste auquel tu donnais de la fierté, la distinction d’une guimpe vierge, nonne et princesse, un petit col blanc d’Anglaise moderne auquel tu donnais l’archaïsme d’une collerette florentine et d’un col génois aussi, un petit col très blanc que tu historiais de l’argent brodé de je ne sais quelles broderies d’ambiance et de l’or serpentin de ta nuque, chérie.

Tu n’as plus ton petit col blanc, tu n’as plus ton col bleu et des agrafes sautent, claquent, ton corsage a l’air de bondir, de voleter autour de toi, de s’en aller sans le vouloir, arraché de ton corps où il s’attache jalousement.

Tu te dévêtiras—puisque tu te dévêts—parmi des baisers et des baisers désolés.

Je les embrasse, tes pauvres vêtements qui s’en vont, ton corsage qui se désole de te quitter comme je me désolerai tout à l’heure, ton col qui a scellé ton cou pour mon cou, pour ma bouche et pour ma gorge, ton jupon, tes jupons aussi qui te voilèrent pour ma pudeur—et ta chemise dont je ne dirai rien car j’en voudrais trop dire.