Chérie, chérie, pourquoi te déshabilles-tu?
Je ne te le demanderai pas parce que tu me répondrais: «Tu dois le savoir.»
Tu aurais tort: c’est toi qui ne sais pas.
Quand je t’ai aimée, tu faisais avec tes vêtements un tout harmonieux et harmonique.
Tu avais une robe et tu avais besoin d’une robe. Car la femme n’est pas une statue, la femme n’est pas une académie.
Je t’ai aimée comme on aime une reine lointaine, je t’ai prêté l’escorte des siècles, les escadrons de toutes les épopées et les couronnes fermées qui sommeillent dans des cimetières de bruyères.
Je t’ai aimée comme une fée, une fée qui a une robe de lune, une robe de soleil, une robe d’or, une robe d’argent et une robe couleur du temps, je t’ai aimée comme Ophélie qui a une robe blanche, comme Desdémone qui a une robe noire, comme Portia qui a une robe de feu, je t’ai aimée comme sainte Blandine qui a une robe de sang et comme Iphigénie qui a une robe de larmes: tu as passé, tu es restée toute vêtue et en robe à longue traîne en mes méditations, tu as été la grande dame, la dame de mes pensées et voici que, pour le sacrifice, tu renonces à tes bandelettes de victime, que tu renonces à tes voiles, à tes parures.
Je n’aurai pas le courage de t’arrêter: tu ne comprendrais pas.
Je n’ai pas le courage de te remettre ton chapeau, de me rendre ma chimère.
D’ailleurs quand ai-je vécu conformément à mon rêve? Quand ai-je eu ce que je voulais, tout ce que je voulais?