Ne te souviens-tu plus des soirs d’été épais et larges où nous nous apprîmes à aimer, où nous naquîmes à l’amour?
Ce ne fut pas sans solennité.
Nous nous promîmes de n’être pas des amants vulgaires, d’envelopper notre nudité en un manteau de tragique et de fatalité, et d’avoir derrière notre lit cette porte de secours qu’on appelle la mort et ce boulevard qu’on nomme l’éternité.
Nous avons élu frères et sœurs les amants et amantes de l’histoire, de la légende, et nous nous sommes couronnés des couronnes de roses, de larmes et de sang que portèrent les cœurs sans nom et les cheveux sans nom et les sourires et les yeux sans nom qui illuminent le monde et le ciel.
Et voici que nous sommes, sans plus, amant et maîtresse.
Ah! tu es une maîtresse exquise: prête et preste, lente, parfaite. Et tu as un corps admirable, un cœur charmant: il te manque seulement une âme,—et tu as une âme, la plus nuancée, la plus délicate, la plus éloquente et la plus profonde, tu es une âme, tu es l’Ame même et te voilà, corps savant, corps souple, corps, corps!...
Parle!
On ne parle pas! car tu parles trop bien. Tu es spirituelle et tes mots restent: on les retrouve dans des salons—où tu n’es pas, on les prête à des riches, que sais-je?
Et les jours où je ne t’ai pas vue, je bute contre un mot de toi qui résonne longuement non en mon esprit—ce mot d’esprit—mais en mon cœur, en mon cœur où il sonne un glas, où il sonne le creux, en mon cœur qu’il troue et qui saigne, qui saigne...
Et c’est ta prévenance, ta gentillesse qui m’accablent. Tu ne te moques pas de moi, tu n’es pas méchante, tu as des câlineries mais tu n’y es pas.