Ah! comme je m’emporte et comme je t’oublie et comme j’oublie la déchéance de ton cœur, la pauvre petite chose qu’il est devenu et que tu es devenue, entre mes bras, hélas!
Et couchons-nous, puisque nous n’avons pas autre chose à faire.
Non?
Tu me retiens doucement, en une douceur profonde qui m’étonne et d’une voix chère, de ta voix des soirs d’été, de ta voix de Monte-Carlo, de ta voix de nos premières amours, de ta voix de nos fiançailles qui te revient, plus pure, plus moirée, plus dorée, plus prenante, s’il est possible, tu me dis: «Prenons garde, chéri! je crois que je suis enceinte».
Chérie, chérie, j’ai un petit cri de bonheur, un petit cri d’émotion, étranglé.
Et tout mon bonheur, toute mon émotion viennent en ce cri: mon amour reconquis, ma confiance en toi récupérée, ma tendresse doublée, la fatalité, les mondes, tout, tout y est.
Et comme je te désirais nerveusement, rageusement!
Mon désir se précipite en larmes, en larmes abondantes et douces.
Et je me mets à genoux pour te demander pardon. Je ne t’ai jamais offensée, je ne t’ai jamais, même d’un mot, fait sentir que je souffrais de toi et tous mes doutes, ma jalousie, ma tristesse ancienne, la chanson de tout à l’heure, mon angoisse montent, craquent, m’étouffent un peu—pour s’en aller et je les vomis en des sanglots, longuement. Et quelle jouissance, en mes larmes, orgueil qui pleure, joie qui pleure: c’est le fleuve même du bonheur!
Ah! comme je comprends maintenant tes regards ailleurs et tes distractions.