Ah! je ne te dirai pas: Au revoir et je ne veux pas te voir partir: j’aurais peur de ne plus te revoir.

Et je songe à ton mari maintenant; il va revenir un jour et sera très satisfait de ta grossesse. Ce petit Basque nerveux attend un enfant depuis cinq ans, qui tiendra de lui le génie mécanique et électrique. Il trouvera piquant de s’être éloigné sur une ou plusieurs nuits de victoire—et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et comme tout cela est vil et bas! Cet enfant que j’aperçois déjà, que je sens, qui me crie ma paternité, de toute mon angoisse, de tout mon émoi, de la gravité subite qui me tombe, de ma joie âpre et de ma douceur, cet enfant qui, des mois et des mois, va me tenir haletant sur sa lente et délicate affirmation, sur ses dangers et sur son lointain, cet enfant sera à Tortoze, sera de Tortoze, par contrat.

Des idées bohêmes, des idées sauvages, des idées d’Orient me harcèlent: fuir.

Emporter ailleurs ce ventre qui est à moi.

Chérie, chérie, roulons-nous en notre pauvreté, en notre détresse et, sérieux en notre amour, allons en jeunes et féconds pèlerins vers des déserts où nous ne craindrons ni les lois ni les rires, où nous aurons le droit de n’être pas infâmes et de vivre, sans peut-être manger toujours, notre vie, en sincérité.

Déployons notre amour au-dessus de nous et autour de nous comme un drapeau et comme une tente et allons dormir ensemble devant l’immensité de l’avenir.

Dormir! Ah! c’est le rêve, échanger nos rêves, à leur venue et nous vivifier l’un l’autre de notre souffle. Quels mois sublimes!

Il faut y renoncer—tout de suite.

Il faut faire tenir notre romantisme en cette chambre étroite d’une rue étroite, il nous faut être sublimes en cachette,—comme on fait de fausse monnaie.