Et nous ne pouvons être féconds qu’hypocritement, lâchement, sans risque, criminellement.
C’est ce qu’on appelle en terme de juridique, le dol, et c’est le délit sans rémission, sans excuse.
Dol moral—et c’est l’infini.
Et ces journées d’émoi qui nous sont plus chères, plus saintes et plus intimes, par notre solitude (Tortoze s’obstinant en son absence), ces journées d’une sensualité amère, où nous ne nous possédons pas et où nous espérons, sans plus, où nous précisons et contraignons l’espoir de nos simples baisers, ces journées sont hérissées de craintes, de terreurs et de désespoirs.
Je ne t’ai jamais plus sombrement attendue, redoutant tout pour toi: les voitures me paraissent vagir.
Et quand tu viens—les jours où tu viens, accablée, meurtrie, souffrant presque à vide, tu entres en moi les cahots de la voiture, toutes les secousses, toutes les angoisses en me les contant.
Tu es triste maintenant, l’idée du mensonge, du long mensonge, du secret qui bondira, qui se cabrera, qui remuera en toi avec l’enfant, le remords même qui grandira dans de la chair, tout te tourmente et tes baisers ont un goût de douleur.
Comme je t’aime, chérie. Je ne t’ai jamais autant désirée, car mes pensées et mes tortures, mes espoirs mêmes tombent sur mes sens—et je m’abstiens—bravement.