Une larme venait de tomber sur ces paroles de vanité. Il ne résista plus, lâcha la plume.
Sur sa vanité exprimée, sa tête se secouait, en des sanglots, comme une tête de vieille femme qui sanglote. Il pleura et pleura mal, car du soleil vint se jouer entre ses larmes. Et le soleil n’était jamais entré chez lui. Venait-il par ironie? Non! le soleil ne s’était jamais moqué de lui—et le soleil est bon.
Le jeune homme se leva alors et, dans le soleil, la face humide, il défia le monde et espéra fervemment. Ce soleil, ce soleil divin, quel présage en ce moment! Il sentit que son suprême espoir, c’était l’amour de cette femme, amour lointain, amour revenu et reconquis.
Et il se rassit pour pleurer.
Car il espérait. Mais, tout de suite, qu’allait-il arriver? Mettrait-elle longtemps à lui rendre sa foi et son âme? Et comment lui faire savoir qu’elle se trompait, car il n’achèverait pas sa lettre?
Il implora le soleil, le pâle soleil qui chante des romances d’amour! Et il s’attendrit si violemment que, n’ayant pas la force de désespérer, espérant malgré tout, parmi ses espoirs et ses désirs, il se roula à terre, hurlant, râlant, étouffant de sanglots et de plaintes—par vanité...
Eh bien? cet homme, c’est moi,—et c’est ce qu’il y a de plus étrange en cette affaire!
Cet homme que je ne nomme, en ma pensée, qu’à la troisième personne, que j’éloigne de moi de toute ma force pour qu’il ne m’atteigne pas de son malheur, en l’horrible contagion de la fatalité, c’est moi.
Je ne me rappelle plus.
Je ne me rappelle plus avoir aimé, avoir été aimé, je ne connais plus cette chambre où je souffre, où il fait froid, où il ne fait pas assez froid.