Agite devant moi un hochet comme j’en agiterai un autour de toi, si jamais, si jamais je te vois.

Tu vois que je pleure, petit enfant, tu vois que je pleure, car je pense que jamais je ne te verrai, que jamais je ne reverrai celle que je ne puis appeler ta mère, celle qui reste pour moi, dans le vide, ma fiancée, mon corps, ma jouissance et ma vie.

Un hochet, petit enfant!

Berce-moi, du fond de l’Inconnu, du fond du chaos. Agite devant moi les promesses de la vie, les honneurs, l’ambition, la fortune.

Tire des désirs par les pieds et barbouille-m’en pour que je ne me souvienne pas.

Et souris-moi, comme on sourit avant de sourire et de vivre.

N’est-ce pas, petit enfant, elle n’a pas écrit cette lettre?

C’est un faux.

Je l’ai reçue cependant et elle est bien d’elle, car je l’ai brûlée et il a fallu que je la brûle. On l’a forcée.