Mais pour Dieu! qu’il ne me parle pas de Tortoze! Il n’a garde: c’est son ami.

Mais Bastil lui reste. L’aventure est connue d’ailleurs—et c’est une affaire arrangée: tout le monde est au courant.

«... Il a été épatant. Il a pris sa femme par les cheveux, l’a traînée à son père en la tenant d’une main pendant que, de l’autre, il lisait une lettre...»

L’épithète m’a échappé, la plaisanterie et l’esprit.

Est-ce une façon de me renseigner? Est-ce ainsi que Tortoze?... Claire n’a ni père, ni mère: elle est aussi orpheline, aussi fille unique que possible. C’est une anecdote, sans plus, un à-propos.

Mais voici le café Durand et voici Bastil, tout en effort pour avoir l’air insoucieux, Parisien, sans grotesque.

Et je me le paie—amèrement,—ne pouvant me payer Tortoze.

Je tâche à lire sur lui les tourments, les pensées de Tortoze, ses mauvais desseins et son horreur. Il y a des gens qui entoureront, qui entourent en un autre café Tortoze comme nous entourons Bastil, qui l’écouteront ne pas parler de moi comme nous écoutons Bastil ne pas parler de son ami de l’autre semaine, le peintre Aupayr—et Aupayr ira s’asseoir à la table de Tortoze.

Je me sens une sympathie glougloutante et gloussante pour Bastil, et Bastil est plein de sympathie pour moi: il me choisit parmi ses disciples frais et me parle, me parle.