—Ah! c’est l’autre femme qui parle, ce n’est pas toi.
—Hélas! Et je rêve sur tes lettres.
—Tu les as, tu les as, chérie?
—Oui. J’ai du courage pour toi, je n’en ai pas pour moi. J’imagine que mes lettres à moi ne valent pas la peine d’être écrites et que ce serait pour toi une joie moins aiguë, moins âpre, moins folle que tes lettres à toi, pour moi, et je réponds à tes lettres. En la torpeur qui me prend, qui me berce, je pétris mon mal et la trouble douceur de mon être, je pétris ma torpeur en des mots, en des phrases qui vont à toi et quand je me réveille, je suis, de très bonne foi, sûre de t’avoir répondu. Et tu n’as pas reçu ces lettres?
—Je les ai reçues; elles ont vibré et gémi en moi, mais je me suis défié et je n’ai pas voulu y croire. J’ai eu peur de moi.
—Tu as eu tort. Crois.
—Ah! qu’elles sont belles et tendres. Et comme elles se baignent et se dorent d’une auréole de douleur et de fatalité. Tu souffres, chérie, et l’on te fait souffrir. Tortoze...
—Je ne veux pas que tu en parles. Tu demandais tout à l’heure...
—Tu détournes la conversation.