—Je nous la ramène; parlons sérieusement. Tu demandais tout à l’heure ce que nous dirions en nous retrouvant. Nous ne nous dirions rien. Nous irions l’un à l’autre, en pleurant.

—Nous avons tant pleuré!

—Nous pleurerions encore et tant et tant, nous nous embrasserions et nous nous aimerions en pleurant, sans nous en apercevoir. Et nous pleurerions tant pour n’avoir plus à pleurer, plus de larmes.

—Il faut toujours avoir des larmes.

—Ah! sois tranquille! Et nous dormirions ensemble parmi nos larmes et nos baisers, nous dormirions d’un long sommeil qui nous ferait des yeux neufs pour nous mieux voir et une âme neuve, des doigts neufs, d’un beau sommeil d’enfant et de dieux.

—Enfin! car tu te rappelles? nous n’avons jamais dormi ensemble. Nous avons tâché à nous donner un instant le leurre du sommeil mais ce n’était qu’un essai, une mascarade, une ambition de sommeil. Et le sommeil ne s’imite pas. Ah! chérie, viens t’endormir, viens, je t’attends, viens, mon amie. Nous aurons les beaux palais du sommeil et ses larges routes, ses déserts moelleux et ombrés. De n’avoir pas dormi depuis des jours et des jours, j’ai soif de sommeil avec toi. Et de pleurer solitaire, j’ai soif de pleurer avec toi. Et il me faut tes larmes pour chasser mes larmes, il me faut des larmes fraîches et amies.

—Tu as beaucoup pleuré?

—Je pleure.

—Il ne faut pas pleurer: tu me prêches le courage, et tu pleures!

—Je pleure pour attendrir Dieu, pour qu’il te permette du courage et de l’orgueil. Je m’humilie pour que tu sois moins humble, pour rompre l’équilibre et pour que tu retrouves en mes larmes l’énergie, la furie qui te manque. Et je pleure aussi parce que ça me fait du bien et parce que j’ai mal, chéri.