Quand j’avais faim, jadis, il n’y a pas si longtemps, des gens, m’ont dit: «On ne meurt pas de faim». Je ne suis pas mort parce que, toujours, j’ai écouté ce qu’on m’a dit. Aujourd’hui et hier, les gens m’ont dit: «On ne meurt pas d’amour.»

Et je ne meurs pas. Mais vraiment, ça y ressemble.

Je dois en mon sommeil renouer violemment des relations avec la souffrance et je me réveille avec, au coin des lèvres, des fragments de dialogues qui ne furent pas, avec, aux coins des yeux, des morceaux de paysages que je ne vis pas, mal dégagé d’un suaire d’horreur et de la peau d’un autre être qui serait mal revenu des pays lointains, des enfers et du fond des lacs de cauchemars.

Et, dès mon réveil, je me mets à être malade.

C’est l’impression que j’ai tout le corps roidi mais d’une mauvaise roideur, molle, si j’ose dire, et cassante et d’une lassitude et d’une inconsistance! C’est non une pointe au cœur mais le cœur hérissé de pointes, hérissé, sans plus, saignant de petits filets de sang et zigzaguant, se noyant en une mer soudaine de larmes et ne voulant pas sombrer.

Je me rappelle une chronique de M. de Stendhal où des assassins tuant sans amour d’ailleurs et longuement une triste veuve, lui demandent naïvement à chaque coup de poignard si le cœur est atteint.

J’ai ces poignards-là dans le cœur. Ils me demandent eux-mêmes, car les poignards parlent le matin, s’ils touchent le cœur. Et, ça dure, ça dure.

A des moments, tout de même, je crois que je vais mourir, enfin.

Mais mon cœur fait le mort, simplement, puis s’éveille peu à peu, bâille, bée et recommence à saigner et à souffrir mille morts: je ne lui en veux pas de sa coquetterie dans l’agonie: il a mal, comme moi. Et rauques, des pensées, des souvenirs, des gémissements rôdent autour.