Je suis le monsieur qui passe, qui passe devant les horloges, pour souffrir.

Je suis dans la rue.

Je cherche. Je ne sais plus ce que je cherche. Je suis seul. J’ai aimé la solitude, j’ai aimé les longues courses au hasard, les promenades à l’aventure, la quête du néant.

Mais aujourd’hui il me semble qu’on m’a coupé des bras et des jambes, les jambes et les bras qui m’enserraient tout à l’heure, qu’on m’a coupé les cheveux, les cheveux où je me suis perdu, qu’on m’a arraché la bouche, les yeux et le cœur.

Je me sens nu sous mes vêtements, je me sens impudique et ridicule sous ma loque de passant.

Je rentre, je me précipite, je me meurtris aux bras adorés, aux lèvres que j’ai meurtries, aux cheveux que j’ai échevelés: je presse, j’étreins, je tâche à me faire petit au creux de tes seins et de ton amour, à m’ensevelir en toi, je m’enfonce en toi, en ton cher corps et je pleure, je pleure...

Tu t’effares: «Qu’as-tu? il est si tard?»

Non, il n’est pas si tard, chérie.

Il est tôt, il est étrangement tôt. C’est l’aube et l’aube hésitante de ma vie, c’est la minute où je nais amant.

Tu as commencé à t’habiller en attendant.