Et tu n’allais pas trop vite, tout de même, parce que tu étais dans la ville de lenteur, d’harmonie et de beauté.
Tu allais en Italie.
Je t’y suivis, de loin, d’ici.
Je variai ton voyage, de ma fantaisie, de mon respect, je l’enfonçai dans le passé: j’en fis un voyage romantique. Tu allas, de par moi, le long des routes qui n’existent plus et qui n’existèrent jamais et les eaux de Venise te rendirent des gondoles prisonnières, des gondoles en poussière et je te fus un guide archaïque parmi la pureté de Bergame et les forêts de Vicence. Et nous descendîmes plus avant cependant que, solitaire, j’inventais l’Italie en m’hallucinant de toi...
Mais voici que tu dors, petite chambre et que tu dors heureuse: j’ai bien su te bercer. Je vais te laisser, et je suis triste. Je te confie mon bonheur.
Je m’en vais. Dors bien, petite chambre.
Et toi, lampe si pâle que j’éteins d’un soupir, dors bien, toi aussi. Je ferme la porte tout doucement pour n’éveiller ni la chambre ni la lampe.
Et c’est la rue, c’est le siècle, ce sont les gens.
La rue est une rue étroite et déserte, douloureuse et résignée.
Mais elle conduit à des rues où passe du monde. Comme il y a du monde, aujourd’hui!