Tout Paris est dans la rue, tout l’univers est dans la rue! il n’y avait que nous chez nous; toutes les chambres étaient à nous, toutes les intimités, tous les refuges: c’est un jour de fête, c’est un soir de fête.
On se repose encore, on se promène encore. Et les gens ne sont pas méchants.
Ils ont aujourd’hui des âmes de fête et d’oisiveté: des baisers sans rancœurs, sans relent de labeur, sèchent sur leurs joues et ils vont, des enfants aux bras, des refrains aux lèvres, user leur plaisir au plein air.
Quelle fête célèbre-t-on aujourd’hui?
J’aurais tant voulu que notre fête à nous fût toute à nous, que nous fussions seuls à nous réjouir!
Et voici que c’est une fête publique, populaire, vulgaire!
Je me souviens! je me souviens! c’est la Toussaint!
Nous nous sommes aimés pour la première fois, le jour où les enfants, les mères et les pères s’en vont chercher leurs morts aux cimetières froids! Nous nous sommes aimés le jour où les prières réchauffent de ferveur les fantômes lassés; nous nous sommes aimés le jour des trépassés et la Mort, d’un sourire, aida notre délice.
Passants, vos mains sont vides, vos yeux sont secs: vous avez déposé sur des pierres blanches les lourdes couronnes et vous avez pleuré!