Et dès que je t’ai quittée, en tramway, dans les rues, les mots me viennent qu’il m’aurait fallu dire, puis c’est le retour de ce murmure divin, où je cause avec toi et où tu me réponds, dans du sublime. Et je ne t’aurai pas vue longtemps, car tu t’en vas avec ton mari.
Dans les déplacements et villégiatures que publient les journaux mondains et les journaux graves:
à Royan... M. et Mme Godefroy Tortoze. C’est tout: déplacements et villégiatures de mon cœur, déplacements et villégiatures de ma vie!
Nous ne nous sommes dit ni: Adieu ni: Au revoir et tu es partie sans un baiser. Chérie, chérie, les mers sont méchantes, les mers mondaines et les chemins de fer sont méchants. Et tout est méchant, les montagnes et les casinos, les voitures, les bateaux, les chiens...
Et il faut que je patiente, que j’invoque les éternités, que je me réfugie en mon rêve. Il faut que je me donne à tous les leurres et Paris vide de toi, est si grand, si long, si chaud...
Chérie, chérie, j’ai peur de te perdre en cette chaleur, en cette poussière, en cette atmosphère, en ce malaise.
Tu pèses si peu et ton souvenir est si léger, si inconsistant! il tremble tant au fond de mon âme, au bord de mon âme—et j’ai si mal. Je ne sais plus si je t’aime, je ne sais si je te désire, je sais seulement que je suis ici—où tu n’es pas. Et je sais que je suis devenu si timide devant mon amour, si pauvre, si peureux! et que j’ose à peine m’aventurer sur les routes, craignant de perdre sur les routes cette misérable tendresse—et ma chère, ma chère douleur.
C’est la saison exquise où les forêts s’entr’ouvrant à peine et s’entr’ouvrant pourtant, se laissent violer doucement, à demi, et se font intimes, odorantes et charmantes pour ceux et celles qui veulent se risquer parmi elles en pèlerins, en flâneurs, en amants; c’est la saison où la mer berce en elle le soleil, la lune et les cieux, se joue avec les bras et les bouches des femmes; c’est la saison où tout est idylle, où c’est une idylle entre la nature et les hommes, où les montagnes et les arbres, les fleurs, les océans, les fruits, les petites sources et les fleuves se permettent les plus subtiles coquetteries, à cette fin de rendre la santé, la gaîté, le repos aux touristes qui les apportent avec eux, dans leur bagages, pour être plus sûrs de les retrouver.
Parisiens épars, insoucieux de Paris, Parisiens venus sans dieux lares et avec les fétiches locaux qui sont nécessaires à tel casino ou à tel autre, Parisiens par la force des choses qu’un Dieu malin essaima vers les Auvergnes récupératrices et les provinces vengeresses, les gens se fatiguent et peinent pour oublier leur lassitude.