Il est l’heure de fuir et ce n’est pas, après tout, une heure méchante, puisqu’elle me chasse de ma géhenne.
Je n’ai pas beaucoup souffert.
Je n’ai pas subi cette journée. Puisqu’elle n’a pas voulu être bonne, elle n’a pas été.
J’ai été le nostalgique prisonnier de mes autres journées, des journées de genèse, des journées qui s’éclairaient du reflet grandissant de l’avenir.
Et je m’en vais dans du noir. Je m’en vais sans hâte parce que je n’ai aujourd’hui aucune hâte, et parce que tu peux arriver encore. Je m’en vais comme je suis venu. C’est du noir.
Je ne veux pas heurter les meubles. Je suis discret comme un voleur. J’ai volé cette chambre.
Et je n’ai pas à l’endormir puisque je ne l’ai pas éveillée.
J’ai la tête lourde comme si le passé y était rentré et pesait deux fois.
Je cours pour me réfugier plus vite en ma vie ancienne, en ma vie sans splendeur et sans feu, en ma vie du temps où je ne vivais pas. Je me jette en un omnibus déjà parti, où il y a des gens, n’importe quoi, n’importe qui.
Je m’écroule sur la banquette, je m’anéantis. Ma tête roule, mon corps s’effondre, j’étouffe. Je me suis traîné vers de l’air, sur la plateforme, j’ai ouvert ma bouche agonisante pour respirer un peu de vie et je sors—oh! en des secondes—de mon engourdissement chaud de sang, la vie me reprend en me débarrassant des bandelettes de l’évanouissement et c’est la ténèbre autour de moi, la ténèbre opaque, qui subsiste, qui s’éternise.