Ne tends plus les bras, chérie, tes bras qui déjà se penchent comme s’ils avaient un enfant à amuser sur le tapis: je me suis jeté dans tes bras, je me suis jeté sur ta bouche et la tiédeur de ton manteau me froisse les joues et j’ai des mailles de ta voilette aux dents.

J’avais les plus beaux discours dans le gosier tout à l’heure, pendant l’heure et l’autre heure que j’ai perdues à t’attendre.

Heures perdues? Non.

Ce sont des heures qui se multiplient, qui se doublent, qui se triplent et qui se détachent de la vie, simplement, comme les pétales d’une rose. Ce sont des heures qui s’en vont parce que tu ne viens pas, chérie, qui s’en vont, qui s’en vont, après avoir fait un petit tour, un petit tour au cadran, puis un grand tour et tant de tours! comme les tourbillons dans l’eau, qui se creusent, qui se cerclent, se cernent, s’affolent et vous affolent.

Et les beaux discours que j’avais au gosier, les discours que j’avais à l’âme s’en sont allés avec les heures: c’est de la perfection qui ne se parfait pas, et je les regrette un peu car leur rythme m’enveloppait d’un manteau de printemps et d’un manteau doré d’automne, et leur profondeur, chérie! ah! leur profondeur, c’était la métaphysique de l’amour.

Il ne m’en demeure rien qu’un mot, le mot: «chérie».

Je le répète, je te le répète:

«...chérie, chérie...»

Et tu me réponds: «mon chéri.»

C’est simple.