Je sens bien que c’est le plus simple mot du monde, qu’il tient tout en lui et que mon beau discours tremble et flotte dans ce mot, comme un discours vide.

«...chérie, chérie...»

C’est un mot qui ne me paraît pas français, qui m’apparaît étrange, avec des lueurs italiennes, des reflets indiens, et je ne sais quelle ombre du gazouillis des oiseaux. «Chérie, chérie», c’est un mot qui s’infléchit, qui tourne, qui se courbe, qui enserre toutes les littératures et toutes les langues, toutes les sensibilités et toutes les passions, tous les émois et toutes les mers, comme deux mains qui entourent une taille, comme deux arbres qui se joignent au-dessus d’un berceau. «Chérie», c’est un mot qui porte avec soi un serment et une caresse, qui proclame, qui affirme sa foi et qui a peur, pour l’objet aimé. Et ce serait pour pas cher un de ces prénoms anglais qui traînent avec un cerceau sur les feuilles mortes des jardins publics.

Mais je m’écoute parler ou ne pas parler.

Parlons de toi, chérie—ou plutôt parle.

Tu parles. Tu dis: «Je t’aime.»

C’est une convention tacite.

Tu as lu en mon pauvre cœur, en mon cœur de pauvre. Tu sais qu’on m’a peu aimé et que j’en ai souffert et tu veux m’aimer plus de n’avoir pas été aimé, et tu veux me donner à chaque fois la joie du mendiant qui trouve un trésor.

Et tu me dis aussi: «Je t’aime»,

parce que tu m’aimes.