Et je te dis: «Je t’aime».

Aime-moi. Je te permets de m’aimer. Je t’en prie. C’est une licence que j’ai peu accordée en ma vie. Tout le monde n’a pas le droit de m’aimer: je craindrais de cet amour un rayon de vulgarité, le choc en retour du coup de foudre, le choc qui fêle et qui anéantit.

Toi, je t’ai élue entre toutes les femmes.

Ne suppose pas que tu as tissé notre amour de ton amour: c’est moi qui t’ai contrainte à m’aimer, qui t’ai aimée lentement, longuement. J’ai hésité devant toi et devant mon désir, puis je t’ai désirée—et te voici, mon amour. Tu m’aimes? je t’aime. C’est une chanson. Tout finit par des chansons.

Finissons; commençons plutôt.

C’est le début de notre existence à deux, le début de notre nouvelle existence, c’est l’ère de notre félicité. Réjouis-toi, chérie.

Soyons graves aussi, car c’est la plus grave, la plus religieuse des communions.

Ta bouche vient cueillir sur ma bouche un nouveau «chérie» ou un nouveau «Je t’aime». Elle l’y prend. Elle m’enlève les mailles de la voilette.

Tu souris, tu rougis. «J’aurais dû songer à la relever.»