Je t’ai dit la première fois, tout simplement: «Je voudrais le voir mort. J’ai prié Dieu qu’il le fasse mourir.»

C’était vrai. Il t’avait empêchée de venir la veille, il t’avait même empêchée de m’écrire, il t’avait séquestrée, dédiée à des amis, à un dîner dont je n’étais pas, t’avait infligé des soins, des soucis, des inutilités et tu avais été la stérile esclave du foyer sans amour, du foyer qu’on ouvre aux étrangers, où on les convie, où on les fête, pour rien, pour empêcher tout un jour une amante d’appartenir à son amant, pour empêcher toute une nuit une rêveuse de rêver, d’espérer, pour la sevrer de joie et d’amour, de tristesse d’amour, d’amour chanteur et d’amour muet; j’avais demandé la mort de cet homme à Dieu comme je lui demandai des miracles qu’il m’accorda,—et que je ne me rappelle qu’en tremblant, du tremblement sacrilège et religieux,—et comme je lui demandai des choses simples qu’il me refusa, parce que c’était trop facile.

Et je te le dis, puisque je te dis tout, entre deux baisers. Tu ne fis pas effort pour retenir tes pleurs: un sanglot déchira ta poitrine, un sanglot te secoua et tu crias: «Non! non! je ne veux pas! je l’aime! je l’aime!»

Je dus te calmer, de baisers frais, de baisers de remords, en te berçant d’autres baisers; baisers odieux, et j’avais peur que tu les crusses teints du sang de cet homme.

Je te disais: «C’est pour rire», et tu pleurais plus fort et je te permis de l’aimer, en t’embrassant: «Oui, oui, aime-le, tu me feras plaisir. Je veux que tu l’aimes. Il est bon».

Et je te gardai pour te consoler mieux et pour te consoler tout à fait, en mon humiliation; nous nous aimâmes plus avant, pour l’amour de lui.

Une autre fois, tu pleuras parce que la veille, j’avais rencontré une ancienne maîtresse de Tortoze. Rencontre que je te citai, pour faire nombre, sans y penser.

Tu me dis: «L’année dernière, ça me mettait en fureur d’entendre ce nom. Toutes mes jalousies jaillissaient, tournaient, bouillonnaient. Ça me faisait pleurer: maintenant ça ne me fait plus rien. Que je suis malheureuse!»