Et tu pleuras, de sentir qu’elle ne te faisait plus pleurer. Tu pleuras ton ancienne jalousie, ton amour passé, tu pleuras à la pensée que tu n’aimais plus ton mari!
Je raille! A la pensée que tu pensais ne plus l’aimer, que tu l’aimais du fond de ton crime et que tu levais vers lui les yeux,—tes yeux en pleurs,—comme sur un maître lointain au lieu de les baisser vers lui, voûtée comme sur ta chose.
Et moi qui n’ai jamais eu de maîtresse, moi qui n’ai consenti à l’amour que parce que c’était toi, moi qui t’ai parée de mille voiles secrets de pureté et de divinité pour te déshabiller, moi, si hautain, si orgueilleux, si méchant, je t’ai laissée pleurer—pour ne pas te faire de peine et je t’ai demandé pardon—comme il est juste.
Je n’ai pas eu de révolte quand tu m’as dit:
—Il faut toujours que je te défende. Les gens ne savent pas, tu comprends. Alors ils t’attaquent devant moi, disent que tu es méchant, que tu n’as pas de cœur. Je leur réponds qu’ils se trompent.
—Ce n’est pas la peine. Ai-je été méchant envers toi?
—Oh! mon chéri! tu as toujours été parfait et si tendre et si câlin et tu as eu pour moi des yeux de bonté, de naïveté, des yeux qui ne croient pas au mal, des yeux de foi, de beauté et de splendeur. Mais je ne peux pas les leur décrire ces yeux-là, aux gens, je ne peux pas, pour leur prouver que tu n’es pas méchant, les introduire dans notre lit, les gens, et je veux tant, tant être fière de toi!
—Tu n’es pas fière de moi?
—Je voudrais être plus fière, d’une fierté qui tiendrait le monde. Je voudrais que les gens fussent fiers avec moi.