—Attaque-moi quand je ne suis pas là et dis-moi, à moi, du bien de moi.

—Voilà que tu deviens méchant. Je n’ai jamais pu hurler avec les loups: c’est plus fort que moi: je murmure.

—Merci, chérie, mais écoute: je suis gentil avec toi, n’est-ce pas? parfait, lyrique, calme? Eh bien! il faut que j’use sur les gens la méchanceté qui me reste pour compte, que je sois dur, méchant, d’avance, pour venir à toi, purgé, lavé, libre, pur, tout de hautes pensées, tout cœur, tout rire—rire sans dessous—toute lumière et tous baisers.

—Je veux te donner assez de joie pour que tu en éclates, pour que, de toi, il en jaillisse aux autres, pour qu’ils soient heureux par moi, par toi; je veux noyer ta rancœur de naguère, ton amertume de toujours, je veux te modeler de mes caresses, te recréer, te créer de mes caresses, je te veux beau, je te veux bon.

—Mais pourquoi les gens me blessent-ils de leur horreur, de leur vide, de leur néant? Pourquoi ai-je la faculté, la vertu d’indignation?

—Pardonne-leur.

—Ils ne nous pardonnent pas.

—Et pourquoi t’occupes-tu des gens?

—Ce n’est pas moi qui ai commencé.