Il allait.

«Considérez Napoléon. Je n'admire rien tant en lui que son effort pour ramasser tout l'effort des siècles, et tous les siècles en son temps de vie à lui; il ressuscite des titres, des charges, des cérémonies de toutes les époques, s'offre des batailles anciennes (et plus lointaines encore) presqu'ensemble, comme un carrousel épique, fait mourir autour de lui autant qu'en des rêves, et, de son génie, souffle une essence d'empire, une âme en fusion de puissance, de création, de domination, de conquête, et d'emprise qui rayonne à l'infini, qui jette des reflets étranges sur la réalité, qui devient la réalité et l'univers,—en passant.»

—Si je vous comprends, dit quelqu'un, vous prétendez que Napoléon a su posséder le passé et le présent, les morts et les vivants, qu'il a posé sa griffe sur Charlemagne, sur Annibal, sur les civilisations et les empires de toujours, qu'il a tout tiré à soi, qu'il a réveillé les cadavres pour les avoir à son service ou plutôt à ses ordres, qu'il a voulu, qu'il a pu être non l'homme de son jour mais l'homme de toujours.

—Oui, répondit Gaël, simplement.

—Et l'avenir, il ne l'a pas eu, pas voulu?

—Il l'a voulu et il l'a. Victor Hugo a écrit, à son adresse:

Non, l'avenir n'est à personne,

Sire, l'avenir est à Dieu,

et il a dit une sottise. Il n'était pas sincère d'ailleurs, car, il se l'accordait à soi, l'avenir. Mais il ne voulait pas faire semblant.