Le crépuscule commençait de tomber par blocs de magnificence. La mer semblait héraldique, toute d'azur. Un reflet rouge du soleil couchant emplit les yeux d'Antony quand il répondit:

—Je t'aime, oui. Je t'aime.

La princesse n'interrogeait plus. Elle jouissait tant du silence qu'elle ne le troublait pas même d'un baiser. Elle écoutait leur seul cœur battre dans l'heure sainte.

La mer se repliait sans fin comme un tapis de prière et se déroulait comme un étendard. Son rythme était liturgique et son geste immense et simple, son bourdonnement de travail incompris signifiaient, criaient, imposaient la vie. Clémentine-Alessandra prit la main de son amant:

—Ah! dit-elle, il faut attendre. Faisons l'avenir. Si l'époque est si laide, c'est qu'elle a le masque, qu'elle est grosse de temps plus admirables que jamais.

—Oui, dit une voix grave, derrière eux.

Ils se retournèrent. La grande-duchesse poussa un cri et crut qu'elle allait choir à genoux.

Un homme était là, qu'elle n'avait jamais vu et qu'elle connaissait bien. Il apparaissait en pleine lumière, dans des reliefs de pourpre et de la poudre d'or. La terre qui s'ensommeillait, le sol plus dur et la nature plus molle, la mer qui se gerçait et qui murmurait, le soleil fondant en une apothéose subtile, tout se couchait autour de lui et lui adressait, comme un hommage de théâtre, des rayons, des valeurs, lui dessinant un cadre infini. Il était vêtu d'un complet gris de passant et il semblait se mirer dans ce qui restait du soleil. Il parla doucement: