—C'est ma faute. Je ne me le reproche pas assez. Je t'admire trop.

—Pourquoi, pourquoi? mon pauvre ami?

—Tu ne les as pas écoutés, tous, tant qu'ils sont. Je les ai bien entendus qui te parlaient par la bouche de cet empereur, tu sais, ton cousin. Et tu as mal, chérie!

—J'aurais eu mal aussi si je les avais écoutés.

—Autrement, autrement. Tu aurais eu mal comme tu avais le droit.

—Et le devoir aussi.

—Non! Et si, si tu veux. Mais tu as mal pour moi tout seul, pour moi tout seul. Je t'aime, vois-tu. C'est comme si tu étais plus à moi, c'est comme si tu naissais à moi, avec l'enfant, c'est comme si, après sa naissance, je pouvais t'emporter, toute neuve, comme lui, dans mes bras, bien à moi, comme si tu étais ma chose et ma fille et que tu consentes à tout de moi. Tu ne sauras jamais combien je t'aime. Tes souffrances, celles que tu m'as imposées, tes dédains et tes tortures, tout me revient en beau, en bon, dans des flots. Tu n'imagines pas comme la mer te ressemble. Elle est notre témoin mais elle est ta sœur aussi, parce qu'elle est reine. Elle a tes regards à toi et tes sourires ensemble, et elle pleure comme toi. Lorsque je suis triste d'être debout quand tu es couchée, d'avoir faim quand tu ne manges pas et d'être loin de ma fécondité dont tu es victime, elle me console et m'encourage, a le bruit de tes cheveux dénoués et secoués, leur couleur et l'éclat de tes yeux. Et j'espère.

—Tu espères? Quoi? Moi, je n'espère pas. Je ne suis pas ta femme. Je suis une fille séduite.

Antony avait reculé. Il la regarda d'un air terrible.