—Jure-moi que jamais tu ne me répéteras cela. J'ai réfléchi devant la mer. Tu es ma femme. Je n'ai jamais appris, je ne demande rien aux livres. J'ai écouté mon cœur et j'ai écouté son écho, là dedans, tu sais, le flux, le reflux, le tonnerre aussi. Tu es ma femme. Tu n'es qu'à moi. Je vais te sembler lâche. Mais que ta famille te réclame si tu as une famille!... Et si tu as affaire avec Dieu, vas-y, meurs, pour me montrer que tu n'es pas à moi. Autrement, je te garde, toi et le gosse. Je te veux. Je t'ai. Je te garde.
Un sursaut l'avait tordue. Humiliée, révoltée, elle avait crié:
—Mourir, ah! oui, mourir!
Et Antony, triomphant, cruel, avait constaté:
—Tu vois, tu ne peux pas!
Puis, terrassé d'une émotion de gosse, il avait éclaté en sanglots, à genoux:
—Non! ma chérie! Ne meurs pas, ne meurs pas! jamais! jamais!
Elle le regarda avec un peu de dédain: il avait peur, hideusement. Il reculait devant un cauchemar. Il suait l'inévitable, la fatalité. Alors la princesse eut un sourire d'au-delà et effaça son mépris; une tendresse immense l'enveloppa: elle venait de comprendre qu'Antony la tuerait, qu'il la tuerait, oui! Qu'il la tuerait pour de bon, vraiment, sans métaphore. Il y avait des jours qu'elle mourait de lui, qu'elle se vidait en son fardeau, qu'elle se perdait en gésine, qu'elle avait abandonné par lui son rang, ses droits, ses espérances, son ordre de vie. Ce n'était pas tout: elle sentit absolument qu'il lui arracherait la vie, qu'elle était marquée et condamnée.
—Pauvre garçon! soupira-t-elle.