Il n'en est pas moins vrai que Machiavel, se plaçant au point de vue italien, a raison d'attribuer à la papauté le désordre de l'Italie. Elle y a contribué pour une large part.

Comme en Allemagne, on vit d'abord se former, du dixième au treizième siècle, des principautés féodales et des républiques; ensuite, du milieu du treizième siècle à la fin du moyen âge, la plupart des républiques se transformer en principautés. Au quinzième siècle, Milan, Florence, l'État de l'Église, l'oligarchique république de Venise et le royaume de Naples forment une pentarchie, dont chaque membre a ses intérêts, et dont aucun ne connaît le sentiment d'un patriotisme italien.

L'expansion de l'Italie.

Anarchie en Allemagne, polyarchie en Italie ne signifie pas inertie de l'Allemagne, ni de l'Italie. Pour ne pas avoir de commun maître, ni de vie commune, ni de patriotisme collectif, ces pays souffriront les maux de la guerre civile continue; par surcroît, ils deviendront, dans les temps modernes, les champs de bataille de la politique européenne. Mais ce n'est pas un mal sans compensation, que de n'avoir pas un gouvernement qui emploie toutes les forces à des fins déterminées. L'Italie est en fragments, mais qui vivent d'une vie d'autant plus intense qu'elle est plus conforme aux aptitudes naturelles de chacun d'eux. Qu'une monarchie italienne siège dans Rome capitale: Rome perd son incomparable originalité de ville sacerdotale et de ville universelle; l'histoire ne connaît ni l'énergie florentine, ni l'énergie vénitienne.

Déjà la Renaissance a commencé. Elle est un produit naturel de la terre classique italienne, mais la polyarchie en a favorisé la croissance et permis la libre variété. En attendant que l'esprit italien se répande sur l'Europe, les grandes villes d'Italie règnent sur la Méditerranée. Elles sont les intermédiaires rapidement enrichis entre l'Orient et l'Occident. Elles inventent et perfectionnent les institutions commerciales: les consulats, le change, la banque. Les banquiers en France s'appelaient des Lombards, et la monnaie italienne courait dans toute l'Europe occidentale, où l'on comptait par ducats, qui étaient les monnaies de Gènes et de Venise, les deux villes dogales, et par florins, qui portaient la fleur de Florence.

Il y avait comme un empire méditerranéen de l'Italie: Gènes possédait la
Corse et la Sardaigne; Venise, une grande partie de la côte de
l'Adriatique et des îles de l'Archipel. Elle était, avant l'arrivée du
Turc, le seigneur d'un quart et demi de l'Empire grec.

Expansion de l'Allemagne au nord et à l'est. Les trois zones.

Très énergique et très féconde a été, pendant le moyen âge, l'anarchie allemande.

L'Allemagne carolingienne était à peu près comprise entre le Rhin et l'Elbe, mais elle pouvait s'étendre dans trois directions: au sud, des voies naturelles, abaissant la montagne, l'appelaient en Italie; à l'ouest, entre elle et la France, entre Rhin et Meuse, Rhône et Alpes, une région, de destinée politique incertaine, s'ouvrait à la concurrence des deux peuples; au nord et à l'est, un immense terrain vague s'offrait à la colonisation germanique.

C'est l'Allemagne officielle, l'Allemagne impériale qui est intervenue en Italie, où elle n'a fait, de rares moments exceptés, que de méchante besogne. À l'ouest, l'action germanique a été de bonne heure contrariée, puis arrêtée par la France. Sur la troisième région, l'Allemagne s'est largement épandue.