Progrès de la France dans la région intermédiaire.

Retournons à présent à la région intermédiaire entre Allemagne et France. Pendant que l'Allemagne fait face à l'est et la France à l'ouest, la région bourguignonne et la région lorraine, n'ayant point en elles-mêmes une raison d'être suffisante, et ne sachant que devenir, sont tombées dans un désordre inextricable.

La Bourgogne commençait à se décomposer, au temps même où les empereurs allemands portaient la couronne d'Arles. Au treizième siècle, il n'y a plus de roi d'Arles; aucun titulaire royal ne représente devant l'étranger le royaume bourguignon. À ce moment même, la croisade des Albigeois ouvrait le Midi aux armes et à la politique des Capétiens. Une des conséquences de cet événement fut qu'un prince capétien acquit le marquisat de Provence. Au quatorzième siècle, Lyon et le Dauphiné entrent dans le domaine royal; au quinzième siècle, la Provence devient possession directe de la couronne. Ainsi Lyon, la grande ville romaine, qui avait été le sanctuaire du culte d'Auguste et qui était devenue le siège du primat des Gaules; Arles, ville romaine aussi, puis capitale du royaume de Bourgogne; Marseille, la plus vieille cité de la Gaule, sont, à la fin du moyen âge, villes françaises.

Un accident, la conquête de l'Angleterre par les Normands, avait retenu à l'ouest l'effort de la royauté capétienne; un autre accident, la croisade albigeoise, l'avait attirée, très loin de sa sphère d'action, au midi de la région bourguignonne. Il se faisait ici un travail confus, des essais singuliers: la confédération suisse et la Savoie commençaient à poindre.

La confédération suisse est née à l'extrémité sud-ouest de l'Allemagne, en Souabe. Elle a trouvé en Souabe, puis en Italie, ses premiers accroissements, mais elle commençait, vers la fin du quinzième siècle, à s'étendre dans la haute vallée du Rhône. Elle perdait son caractère germanique, pour devenir une chose très particulière, une ligue de paysans et de villes groupés en cantons, s'étendant peu à peu malgré les obstacles de nature et les différences de races.

L'État de Savoie est né à la frontière de Bourgogne et d'Italie. Il sembla d'abord devoir se développer en terrain bourguignon. Les comtes de Maurienne, devenus comtes, puis ducs de Savoie, furent, de ce côté de la montagne, d'importants personnages; mais les progrès de la France et des ligues suisses les continrent bientôt et les rejetèrent vers l'Italie. Le premier duc de Savoie fut aussi prince de Piémont; la formation d'un État à la fois cisalpin et transalpin était une indication de l'avenir.

La maison de Bourgogne.

Incertaine aussi est la destinée de la région lorraine. Là, pousse une végétation confuse: des pays sans chef comme l'Alsace; des principautés, comme le duché qui a gardé et perpétué le nom de Lorraine, et comme les duchés et comtés des Pays-Bas; des seigneuries ecclésiastiques, comme l'évêché de Liège. Parmi cette féodalité sans suzerain effectif, des villes, entourées de nobles qui vivent de la guerre, sont des foyers d'industrie et les plus grands centres commerciaux de l'Europe.

Une tentative fut faite par des princes de la maison de France, les ducs de Bourgogne, pour réunir sous une domination les régions bourguignonne et lorraine.

Le duché de Bourgogne était tout à fait en dehors de l'ancien royaume de Bourgogne. C'était un fief français, qui n'eut jamais rien de commun avec l'Empire. Un des premiers Capétiens le donna à son frère au onzième siècle, et un des premiers Valois à son fils, au quatorzième siècle. Des mariages, des héritages, des conquêtes formèrent rapidement un domaine considérable, qui comprit le duché de Bourgogne, les comtés de Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers, fiefs de la France; la Franche-Comté, le comté de Namur, le Brabant, le Hainaut, la Zélande, la Hollande, le Luxembourg, etc., terres d'Empire. Menaçant l'Alsace, le duché de Lorraine et les confédérés suisses, cet État représentait assez exactement l'ancienne Lotharingie pour que Charles le Téméraire ait essayé d'y refaire un royaume.