Louis XI réussit à briser cette puissance, qui interdisait à la France tout progrès du côté de l'Est, et même lui enlevait des positions acquises, puisque la limite de l'État bourguignon, au nord de la France, fut portée un moment jusqu'à la Somme. La France rentra dans son bien en reprenant le duché de Bourgogne et les villes de la Somme.

À la fin du moyen âge, affranchi des Anglais, débarrassé de l'ancienne féodalité, uni, fort, il semble que notre pays doive se tourner vers le Nord et vers l'Est. Une ambition, qui n'avait fait que sommeiller, se réveille un moment: reprendre pour le royaume les frontières de la Gaule. Mais nos rois sont saisis de la folie, à jamais déplorable pour la France et l'Italie, des guerres italiennes, qui deviendront bientôt européennes. Ils laissent passer l'heure opportune. La Confédération suisse et la Savoie se fortifient. Les Pays-Bas sont portés par la fille de Charles le Téméraire dans la maison d'Autriche, pour passer ensuite à l'Espagne. Chaque entreprise de la France sur ces contrées provoquera des guerres générales.

Tout ce pays sans maître d'entre Allemagne et France avait été un lieu d'incohérence, d'accidents et de hasards, propre à des formations d'espèces particulières, qui n'ont pas eu leurs pareilles dans le reste de l'Europe, comme les Ligues suisses, ou à des groupements comme ceux du domaine bourguignon, nullement nécessaires à l'origine, mais qui, en durant, ont modifié l'histoire.

La formation de l'Espagne.

En même temps que la France, deux États nouveaux s'organisaient: l'Espagne et l'Angleterre.

Depuis le jour où elle avait été conquise par les Sarrasins, l'Espagne avait été séparée de l'Europe. Pour comprendre l'indifférence que les peuples européens ont manifestée à l'égard de la Péninsule, alors qu'ils envoyaient tant de milliers d'hommes en Terre sainte, il faut bien se représenter que personne alors n'avait l'idée d'une communauté européenne. Le moyen âge, qui était capable de trouver des règles précises pour la vie quotidienne, et d'organiser mille petits gouvernements autour de ses donjons, de ses clochers et de ses beffrois, se laissait conduire par des sentiments et des idées tout en dehors du monde réel. L'homme de ce temps regardait à ses pieds, mais, quand il relevait la tête, son regard se perdait dans le vaste ciel.

Nous sommes portés à dire que le pape et les rois auraient mieux fait d'attaquer l'islamisme en Europe que d'aller le chercher en Asie: les papes et les rois n'y ont pas même songé. Ils ont obéi à ce sentiment qu'il n'y avait pas de lieu dont la délivrance fût plus nécessaire et plus méritoire que celui où le Sauveur avait vécu et où il était demeuré pendant trois jours enseveli. Ils n'envoyèrent au delà des Pyrénées que des chevaliers isolés, et laissèrent à l'Espagne le soin de se délivrer elle-même.

Le combat dura plus de sept siècles. Il ne fut point mené par un peuple contre un peuple, par un chef contre un chef: plusieurs royaumes chrétiens successivement formés luttèrent contre plusieurs petits États arabes. Au quinzième siècle, l'aspect de la Péninsule s'est simplifié. Il n'y a plus qu'un seul État arabe, celui de Grenade, et quatre royaumes chrétiens: Navarre, Portugal, Aragon, Castille. La Navarre, après avoir été le plus puissant, n'est plus qu'un petit État pyrénéen. Le Portugal, orienté vers l'Océan, y cherche sa fortune. L'Aragon, orienté vers la Méditerranée, a déjà étendu sa convoitise vers les îles et la péninsule italiennes. La Castille, le cœur de l'Espagne, est le combattant de la dernière heure contre le musulman; elle va conquérir Grenade. Bientôt l'union de la Castille, de l'Aragon, de la Navarre et de Grenade constituera la puissance de l'Espagne, à la fois méditerranéenne et océanique.

Le royaume d'Angleterre.

Comme la grande péninsule du Sud-Ouest, les îles du Nord-Ouest sont restées longtemps isolées de l'Europe. Le continent leur envoie des colons armés, qui se superposent en couches plus ou moins épaisses sur le fond celtique de la population: Romains, dont la Grande-Bretagne est la dernière conquête et la moins durable; Anglo-Saxons et Scandinaves, arrivés en grand nombre par une série d'émigrations; Normands enfin, c'est-à-dire une armée venue de la Normandie française, qui se transforma en une colonie perpétuelle, et se fondit à la longue dans le reste de la population.