Trois grands personnages font l'histoire: le pape, l'empereur d'Occident, l'empereur d'Orient. Le monde a trois capitales: Rome, Aix-la-Chapelle, Constantinople.
Au quinzième siècle, l'empire d'Orient a disparu. La ville de Constantin et la ville de Périclès sont turques; la Péninsule des Balkans est une annexe de l'Asie.
L'empereur d'Occident n'est plus qu'un petit prince, occupé des affaires de sa maison, impuissant même en Allemagne, même dans ses pays héréditaires. Ce dominus mundi est un objet de risée. Le pape est sorti de la crise du grand schisme, amoindri, affaibli, menacé. Le vicaire du Christ est tombé au rang d'un prince italien; il a une famille à pourvoir, et, comme l'empereur, ses affaires à soigner, qui sont petites. Contre sa domination spirituelle ont parlé Wicklef et Jean Huss, dont les paroles ne seront pas perdues.
Le passé ecclésiastique et impérial s'écroule en une ruine sur les pays qui l'ont porté. Le pays du Rhin est déchu; Aix-la-Chapelle n'est qu'un souvenir. L'Allemagne et l'Italie, qui ont refait l'empire au dixième siècle, et sur qui l'empire a vécu, ne sont plus guère que des expressions géographiques.
Par contre, à l'Ouest et à l'Est, de grandes nouveautés se sont produites. À l'Ouest, la France, l'Angleterre, l'Espagne, trois êtres formés, sont prêts pour la vie moderne; à l'Est, hors de l'ancien empire, dans des régions inconnues des anciens et réputées horribles, sont apparus le Danemark, la Suède, la Pologne, la Bohême, la Hongrie, les Teutoniques et les Porte-Glaives.
De ce côté un immense terrain qui était en friche a été mis en valeur. Il porte des châteaux, des palais, des cathédrales, des hôtels de ville. Il a des saints, des rois, des seigneurs, des évêques, des bourgeois, des artisans, des marchands. Il a des docteurs. On parle un beau latin solennel en Bohême, en Pologne, en Hongrie. Prague a son université sur le modèle de l'Étude de Paris.
Sur tout le continent et dans l'île anglaise, règne une activité confuse, mais singulièrement puissante. Il y a plus d'ouvriers, plus d'artistes, plus de politiques, plus de soldats, plus de raisonneurs, que n'en a jamais connu le monde ancien. L'esprit, bien qu'il n'ait point trouvé les vraies méthodes de travail, travaille plus qu'il n'a jamais fait. C'est une joie pour qui aime la vie, de voir ainsi la vie bouillonner.
De la tumultueuse officine du moyen âge va sortir enfin un personnage historique, plus large et plus puissant que la Grèce et Rome, grandies dans nos imaginations par un préjugé d'éducation. Ce personnage, c'est l'Europe.
LES TEMPS MODERNES
Caractères généraux.