Lorsque Charles-Quint eut abdiqué, les provinces bourguignonnes, Pays-Bas et Franche-Comté, passèrent au roi d'Espagne Philippe II, pendant que Ferdinand, le frère de Charles, continuait sur le trône impérial la série des empereurs Habsbourg. L'histoire des acquisitions de la France dans la région intermédiaire se confond alors avec l'histoire de la longue lutte contre les branches espagnole et allemande de la maison des Habsbourg.

Sur l'Espagne, Louis XIV conquit la Franche-Comté; mais il ne put détacher des Pays-Bas que l'Artois et quelques villes de Flandre. Sur l'Empire, la France gagna d'abord les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, puis l'Alsace sans Strasbourg, puis Strasbourg. Ce n'est point par pure violence qu'elle a fait ces acquisitions: celle de Metz, Toul et Verdun a été consentie par des princes allemands, qu'Henri II avait soutenus dans leurs révoltes contre Charles-Quint; l'Alsace a été acquise par Richelieu avec l'armée qui s'en était, pour ainsi dire, rendue propriétaire. Il serait malhonnête de justifier tous les procédés de la politique française, mais il est juste de dire que les Français du dix-septième siècle, en prenant l'Alsace, n'ont pas arraché des hommes à une patrie.

Il n'y avait pas alors de patrie française, au sens que nous donnons à ce mot aujourd'hui; encore moins y avait-il une patrie allemande. La politique et les armes de la France n'ont point taillé dans la chair vive.

La prise de possession des trois évêchés et de l'Alsace rendait inévitable l'acquisition de la Lorraine. Ce pays français fut, au temps des guerres entre les Bourbons et les Habsbourg, bien souvent occupé par nos armes avant de devenir une province française.

Les provinces restées sous la domination des Habsbourg.

Franche-Comté, Alsace, Lorraine, Artois, Flandre française, telle fut, pendant la période moderne, la part de la France dans la région intermédiaire: le reste lui échappa. Mais l'Espagne ne garda point les Pays-Bas, et ceux-ci ne demeurèrent pas unis. Malgré la contiguïté géographique, il y avait de grandes différences, entre ces dix-sept provinces, les unes maritimes et les autres continentales, les unes riches et les autres pauvres, les unes bourgeoises et les autres féodales, les unes germaniques et les autres wallonnes. Dans chacune d'elles et dans chacun des fragments dont elle se composait, fiefs, communes, corporations, la vie était trop intense pour que toutes ces âmes particulières s'accommodassent longtemps du système de la monarchie espagnole.

Elles le supportèrent du vivant de l'empereur Charles-Quint. Plus vaste et plus hétérogène était la monarchie, moins était à redouter l'oppression d'une volonté absolue. Charles-Quint eut d'ailleurs le grand mérite de réfléchir en lui les variétés de son empire. Il parlait toutes les langues et savait être, selon l'occurrence, empereur, roi, comte, gentilhomme ou bourgeois. Mais lorsqu'il détacha les Pays-Bas de l'Empire, pour les donner à son fils, le roi d'Espagne, apparurent les funestes conséquences de la politique des mariages.

L'union de Maximilien d'Autriche avec la fille du Bourguignon Charles le Téméraire se comprenait: les États de Bourgogne étaient limitrophes de l'Empire, et même, pour une bonne part, pays d'Empire. Charles-Quint, propriétaire des Pays-Bas par le droit héréditaire, en était aussi le souverain en sa qualité d'empereur. Mais lorsqu'en vertu du seul droit de propriété, les Pays-Bas furent attribués à un roi espagnol et italien, violence fut faite aux choses, qui se défendirent.

La séparation des Pays-Bas.

La résistance politique opposée par les Pays-Bas au despotisme de Philippe II, qui violait leurs antiques privilèges, se fortifia de passions religieuses. Les provinces du Nord s'étaient converties à la Réforme avec passion et une sorte d'enthousiasme sombre: leur souverain était le champion, enthousiaste et sombre du catholicisme. Elles se rapprochèrent les unes des autres, pendant la lutte. Elles essayèrent d'abord de se conformer aux traditions européennes en se donnant un prince; puis elles se résignèrent à n'être que «leurs Hautes Puissances les États des Provinces-Unies». Quant aux provinces du Sud, après bien des révoltes, elles demeurèrent sujettes du roi d'Espagne. À la fin du seizième siècle, la séparation était accomplie.