Le principal effort des Barbares porta sur l'Occident. Quelques années après la mort de Théodose, la Bretagne était évacuée par les légions. Francs, Wisigoths, Burgondes, occupèrent la Gaule et l'Espagne. Presque tous les Barbares visitèrent l'Italie et la pillèrent. Dans la Péninsule, des groupes de mercenaires prirent leurs quartiers, mais aucun peuple ne s'y établit en vertu d'un titre régulier, comme avaient fait, en Gaule, ceux qui viennent d'être nommés. L'Italie inspirait du respect. Elle était protégée, toute désarmée qu'elle fût, par la grandeur des souvenirs de sa gloire, comme Sylla l'avait été jadis par la garde que montaient autour de lui les ombres de ses proscrits. Aucun roi n'eut l'idée de régner sur Rome. Des empereurs continuaient à se succéder, vaillants ou lâches, intelligents ou stupides, impuissants toujours.
Cependant, en l'année 476, le chef des mercenaires d'Italie, qui se nommait Odoacre, jugea qu'il n'était plus nécessaire que l'Occident eût un empereur particulier. Il fit porter à Constantinople les insignes impériaux par une députation chargée de représenter à l'empereur Zénon qu'un seul maître suffisait au monde.
Dès lors, l'unité sembla rétablie, comme au temps des Césars et des
Antonins. Constantinople s'imagine désormais conduire seule l'histoire.
Les hommages des rois de l'Occident y vont trouver l'empereur. Jusqu'aux
limites de l'orbis romanus, celui-ci envoie des ordres et des grâces.
Il décore des insignes proconsulaires Clovis, le roi des Francs.
Il envoie en Italie, contre Odoacre, les Ostrogoths, commandés par Théodoric, qui, bon gré, mal gré, reste son lieutenant. Un moment même, on put croire qu'il allait reprendre effectivement possession du monde: Justinien conquit l'Italie, l'Afrique, une partie de l'Espagne, des îles et des côtes de la Méditerranée occidentale.
Ce retour offensif de l'ancienne puissance fut de courte durée. Les Lombards, descendus en Italie au sixième siècle, n'y laissent à l'Empire que des îlots de territoire, battus et rongés par les flots de leur invasion. Les Arabes, par leurs conquêtes en Asie, en Afrique, en Espagne, tracent un immense demi-cercle, qui enveloppe par le sud l'ancien orbis romanus.
Relégué à l'Est, l'Empire, qui se dit toujours universel, commence à prendre le caractère déterminé d'un État oriental. Les immigrations des Barbares compliquent l'ethnographie de la péninsule des Balkans. Les Slaves se répandent au Nord et au Nord-Ouest: alors naissent la Servie et la Croatie. L'Istrie et la Dalmatie sont tout imprégnées de Slaves: les Slaves encore pénètrent par infiltration dans la Macédoine et dans la Grèce. Un peuple touranien, mais bientôt assimilé aux Slaves, les Bulgares, passe le Danube et s'étend bien au delà de l'Hémus. Ainsi s'agglomèrent les éléments de la future question d'Orient.
Dès lors, tout espoir est perdu de restaurer l'empire universel. Il ne reste à l'Empire byzantin qu'une tâche modeste: il doit s'efforcer de vivre. C'est merveille qu'il ait si longtemps vécu.
Les barbares en Occident et l'Église.
Pendant que l'Orient gardait ainsi les formes du passé, de curieux essais de nouveautés étaient faits en Occident.
Ces nouveautés n'étaient point révolutionnaires. La première fois que les Germains étaient entrés en relations avec Rome, ils s'étaient présentés dans l'attitude de mendiants armés, demandant des terres, et offrant en échange le service de leurs armes. Marius avait détruit ce premier ban d'envahisseurs, mais d'autres étaient venus, répétant toujours les mêmes prières. Les frontières du Rhin et du Danube, longtemps défendues, avaient fléchi. Des individus en foule, des groupes de plus en plus considérables, enfin des peuples entiers étaient venus s'établir sur les terres romaines.