Cette proposition, transmise par Fara au général, fut accueillie avec empressement. Bélisaire dépêcha à Midènos des officiers chargés de lui donner sa promesse et de le ramener sain et sauf. Gélimer fut reçu à l'entrée de Karthage par son vainqueur (534). Peu après, Bélisaire s'embarquait pour Byzance, afin de remettre lui-même son prisonnier à l'empereur. Son but était non seulement de recevoir des honneurs bien mérités, mais encore de se justifier des accusations que les envieux avaient produites contre lui. En quittant l'Afrique, il laissa le commandement suprême à Salomon avec une partie de ses vétérans.
Justinien, plein de reconnaissance pour celui qui avait rendu l'Afrique à l'empire, lui décerna le triomphe, honneur qui n'avait été donné à aucun général depuis cinq siècles. Gélimer, revêtu d'un manteau de pourpre, fut placé dans le cortège et dut, arrivé devant l'empereur, se dépouiller de cet insigne, se prosterner et adorer son maître. Bélisaire reçut le titre de consul. Quant à Gélimer, on lui assigna un riche domaine en Galatie, dans l'Asie Mineure, et le dernier roi vandale y finit tranquillement et obscurément sa vie.
Disparition des Vandales d'Afrique.--En moins de six mois l'Afrique avait cessé d'être vandale, ce qui prouve combien peu de racines cette occupation avait poussées dans le pays. Après la brillante conquête qui leur avait livré la Berbérie, les Vandales s'étaient concentrés dans le nord de l'Afrique propre et de là s'étaient lancés dans des courses aventureuses qui les avaient conduits en Italie et dans toutes les îles de la Méditerranée. Ainsi, malgré le partage des terres qu'ils avaient opéré, ils n'avaient pas fait, en réalité, de colonisation. Ils s'étaient prodigués dans des guerres qui n'avaient d'autre but que le pillage et, tandis qu'ils augmentaient leurs richesses et leur puissance d'un jour, ils diminuaient, en réalité, leur force comme nation. Aucune assimilation ne s'était faite entre eux et les colons romains; quant aux indigènes, ils continuaient à se reformer et l'on peut dire qu'il n'y avait plus rien de commun entre eux et les étrangers établis sur leur sol.
Cela explique comment, après une occupation qui avait duré un siècle, l'élément vandale disparut subitement de l'Afrique. Un assez grand nombre de guerriers étaient morts dans la dernière guerre; d'autres avaient été emmenés comme prisonniers en Orient par Bélisaire et entrèrent au service de l'empire [261]. Or, les Vandales étaient essentiellement un peuple militaire et ainsi l'élément actif se trouva absorbé, car, nous le répétons, il s'était trop prodigué pour avoir augmenté en nombre, quoi qu'en aient dit certains auteurs. Quant au reste de la nation, une partie demeura en Afrique et se fondit bientôt dans la population coloniale ou s'unit aux Byzantins, tandis que les autres, émigrant isolément, allèrent chercher un asile ailleurs.
[Note 261: ][ (retour) ] Gibbon, Hist. de la décadence de l'empire romain, ch. 41.
Les Vandales d'Afrique ne laissèrent d'autre souvenir dans le pays que celui de leurs dévastations. Cela démontre une fois de plus combien est fragile une conquête qui ne se complète pas par une forte colonisation et se borne à une simple occupation, quelque solide qu'elle paraisse.
Organisation de l'Afrique Byzantine. État des Berbères.--Salomon [262], premier gouverneur de l'Afrique, avait reçu la lourde charge d'achever la conquête et d'organiser l'administration du pays. Par l'ordre de l'empereur on forma sept provinces: la Consulaire, la Byzacène, la Tripolitaine, la Tingitane gouvernées par des consuls, et la Numidie, la Maurétanie et la Sardaigne commandées par des præses. Mais cette organisation était plus théorique que réelle. Sur bien des points le pays restait absolument livré à lui-même. Ainsi, dans la Tingitane et même dans la plus grande partie de la Césarienne, l'occupation se réduisait à quelques points du littoral. Des garnisons furent envoyées dans l'intérieur de la Numidie. Elles trouvèrent les villes en ruines et s'appliquèrent à élever des retranchements, au moyen des pierres éparses provenant des anciens édifices [263]. Quelques colons se hasardèrent à la suite des soldats. «Que nos officiers s'efforcent avant tout de préserver nos sujets des incursions de l'ennemi et d'étendre nos provinces jusqu'au point où la république romaine, avant les invasions des Maures et des Vandales, avait fixé ses frontières.....» telles étaient les instructions données par l'empereur [264].
[Note 262: ][ (retour) ] Sur les inscriptions d'Afrique où le nom de ce général est cité, il est toujours écrit Solomon. Nous adoptons l'orthographe des historiens byzantins.
[Note 263: ][ (retour) ] Poulle, Ruines de Bechilga (Revue africaine, n° 27, p. 199).
[Note 264: ][ (retour) ] Voir, dans l'Afrique ancienne de D'Avezac, le texte curieux des deux rescrits adressés, le 13 avril 534, par l'empereur à Archélaüs pour l'organisation militaire et administrative de l'Afrique.