En outre de ces deux grandes divisions, chaque groupe se partage en citadins et gens des steppes (bédouins).
Mœurs et religion des Arabes anté-islamiques.--La condition propre de l'Arabe, c'est la vie en tribu, la famille agrandie, à la tête de laquelle est le cheikh, vieillard renommé par sa sagesse dans le conseil, sa bravoure dans le combat. Une grande solidarité règne entre les gens d'une même tribu, mais aucun lien ne réunit les tribus entre elles. Bien au contraire, elles ont toutes des sujets de haine particulière les unes contre les autres, car la vengeance est un culte pour ces âmes ardentes. «Une infinité de tribus, les unes sédentaires, le plus grand nombre constamment nomades, sans communauté d'intérêts, sans centre commun, ordinairement en guerre les unes contre les autres, voilà l'Arabie au temps de Mahomet [297].» Les Arabes ne vivent que pour la guerre, car sans cela «pas de butin, et c'est le butin surtout qui fait vivre les Bédouins.» Aussi la bravoure est-elle estimée au-dessus de tout. Les femmes suivent les guerriers dans les combats pour les encourager, faire honte aux fuyards et même les marquer d'un signe d'ignominie. «Les braves qui font face à l'ennemi, disent-elles, nous les pressons dans nos bras; les lâches qui fuient nous les délaissons et nous leur refusons notre amour [298].» L'éloquence et la poésie sont honorées après la bravoure.
[Note 297: ][ (retour) ] Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne, l. I, p. 16.
[Note 298: ][ (retour) ] Poésie citée par Caussin de Perceval dans son bel Essai sur l'histoire des Arabes avant l'Islamisme, t. III, p. 99.
Les habitants des villes du littoral, ainsi que nous l'avons dit, s'adonnaient avec succès au commerce, et conservaient des relations avec les Bédouins, leurs parents ou leurs alliés.
La Mekke, ville située près du littoral du golfe arabique, était un grand centre commercial et religieux. Les Koréichites, famille de la race d'Adnan, y dominaient. C'étaient des marchands fort entendus aux affaires. Ils gouvernaient la cité par un conseil dit des Sadate (pluriel de Sid) qui avait entre ses mains tous les pouvoirs [299].
Les Arabes pratiquaient différents cultes: certaines tribus adoraient les astres, d'autres se faisaient des idoles de pierre ou de bois. Les Juifs avaient, en Arabie, de très nombreux sectateurs; enfin, le chiffre des chrétiens établis, surtout dans les villes, était assez considérable. Mais la religion nationale était une sorte d'idolâtrie. La Mekke était déjà la ville sainte: on y conservait, dans le temple de la Kaaba, une pierre noire, sans doute un aérolithe, et la construction du temple était attribuée à Abraham par une ancienne tradition. Un grand nombre d'idoles y étaient en outre enfermées. La tribu de Koréich avait le privilège de fournir le grand-prêtre.
«Le naturel farouche des Arabes--a dit Ibn-Khaldoun [300],--en a fait une race de pillards et de brigands. Toutes les fois qu'ils peuvent enlever un butin, sans courir un danger ou soutenir une lutte, ils n'hésitent pas à s'en emparer et à rentrer au plus vite dans le Désert.» C'est la razia, le mode de combattre particulier à l'Arabe. «Les habitudes et les usages de la vie nomade,--ajoute notre auteur,--ont fait des Arabes un peuple rude et farouche. La grossièreté des mœurs est devenue pour eux une seconde nature.....Si les Arabes ont besoin de pierres pour servir d'appuis à leurs marmites, ils dégradent les bâtiments afin de se les procurer; s'il leur faut du bois pour en faire des piquets ou des soutiens de tente, ils détruisent les toits des maisons pour en avoir. Par la nature même de leur vie, ils sont hostiles à tout ce qui est édifice.... Ajoutons que, par leur disposition naturelle, ils sont toujours prêts à enlever de force le bien d'autrui, à chercher les richesses les armes à la main, et à piller sans mesure et sans retenue.»
Tels sont, dépeints par un de leurs compatriotes, les hommes qui vont prendre une part prépondérante à l'histoire de l'Afrique.
[Note 299: ][ (retour) ] Michèle Amari, Storia dei Musulmani di Sicilia, t. I, p. 47 et suiv.