[Note 300: ][ (retour) ] Prolégomènes, t. I. de la trad., p. 309 et suiv.

Mahomet.--Fondation de l'Islamisme.--En 570 naquit Mahomet (Mohammed), de la tribu de Koreich. Resté orphelin de bonne heure, il fut élevé par son oncle, Abou-Taleb, et envoyé par lui dans une tribu bédouine selon l'usage. C'était un jeune homme faible de corps, sujet à des attaques nerveuses, parlant peu et restant de longues heures plongé dans la méditation. A l'inverse de ses compatriotes, il avait peu de goût pour la poésie, bien qu'il eût l'imagination assez développée. Il se vantait de ne pas savoir écrire.

Mahomet avait quarante ans lorsqu'il commença à prophétiser et à prétendre qu'il recevait des révélations de Dieu, par l'intermédiaire de l'ange Gabriel: ses concitoyens l'accueillirent par des moqueries et tournèrent en dérision ses prédications. Rien ne l'arrêta, ni les injures, ni les violences, et il finit par gagner à sa cause quelques prosélytes. Mais si, après onze années d'apostolat, Mahomet avait obtenu un si mince succès chez ses concitoyens, il avait rencontré à Yatrib, ville rivale, habitée par des gens de race yéménite, des esprits mieux disposés à accueillir la nouvelle religion, et s'y était créé des adhérents dévoués. Menacé dans son existence par les Mekkois, le prophète se décida à fuir et alla, en 622, chercher un refuge chez ses amis les Aous et les Khazradj, de Yatrib, qui reçut le nom de Médine (la ville par excellence). De cette fuite (Hégire) date l'ère musulmane. Les adhérents de Mahomet lui prêtèrent à Médine un solennel serment et furent appelés ses défenseurs (Ansar). On nommait émigrés les Mekkois qui l'avaient suivi dans sa fuite. Aussitôt la lutte commença entre eux et les Mekkois, et après différentes péripéties, Mahomet entra en vainqueur à la Mekke. Cette fois, c'était le triomphe. Par la persuasion ou par la force, les Arabes durent adopter le nouveau culte. L'islamisme était fondé. Nous croyons inutile d'analyser ici cette religion dont chacun connaît les dogmes et qui a pour code le Koran. L'Iman, chef de la religion, était en même temps souverain politique de tous les musulmans. La Guerre sainte imposée aux vrais croyants, comme une obligation étroite, allait ouvrir la voie aux conquêtes [301].

[Note 301: ][ (retour) ] Voir le Koran et les Hadith ou traditions sur Mahomet.

Abou-Beker, deuxième khalife.--Ses conquêtes.--En 632, Mahomet cessa de vivre. Les Arabes n'avaient pas attendu sa mort pour apostasier et se lancer dans la révolte. Le Nedjd, l'Iémen, même, étaient au pouvoir d'un rival Aïhala le Noir; l'insurrection devint alors générale.

Mahomet, comme Charlemagne et peut-être à dessein, n'avait pas fixé les règles de la succession au khalifat [302]. Son oncle Abou-Beker qui, par son dévouement à toute épreuve, avait été le plus ferme soutien du prophète, fut appelé à lui succéder. C'était un homme d'une rare énergie et dont la violence se traduisait par d'implacables cruautés. Faisant énergiquement tête aux ennemis, il sut ramener la confiance parmi les siens et put ainsi battre les insurgés les uns après les autres. Ses victoires furent suivies d'horribles massacres. Quiconque apostasiait ou refusait de se convertir était aussitôt mis à mort. Les nouveaux musulmans trouvaient au contraire toutes les satisfactions de leurs passions: la guerre et le pillage. Il n'est donc pas surprenant que sous la direction d'Abou-Beker l'islamisme eût fait de si grands progrès. Les compagnons de Mahomet, les défenseurs et les émigrés étaient comblés d'honneurs et investis de commandements; ils formaient en quelque sorte une nouvelle noblesse. Tout en luttant contre les révoltés, Abou-Beker entreprenait la guerre de conquête; dès la fin de 633, ses généraux enlevaient l'Irak aux Perses et une partie de la Syrie aux Byzantins.

[Note 302: ][ (retour) ] Ses successeurs reçurent le titre de Khalifes (successeurs), d'où l'on a formé le mot de Khalifat pour désigner leur trône.

Khalifat d'Omar. Conquête de l'Égypte.--Dans le mois d'août 634, Abou-Beker mourut au milieu de toute sa gloire. Il désigna pour son successeur Omar-ben-el-Khattab, qui prit le titre d'Emir-el-Moumenin (Prince des croyants). Peu après, Damas et le reste de la Syrie tombaient au pouvoir des Arabes. La Mésopotamie et la Palestine subissaient bientôt le même sort (638-40).

En 640, le général Amer-ben-el-Aci enleva l'Égypte au représentant d'Héraclius. L'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie éclaira les vertigineux succès des Arabes. En quelques années une peuplade à peine connue avait fondé un vaste royaume. Nous allons voir les Arabes transporter au Mag'reb, le théâtre de leurs exploits.