CHAPITRE II.
CONQUÊTE ARABE
641-709
Campagnes de Amer en Cyrénaïque et en Tripolitaine.--Le Khalife Othman prépare l'expédition de l'Ifrikiya.--Usurpation du patrice Grégoire. Il se prépare à la lutte.--Défaite et mort de Grégoire.--Les Arabes traitent avec les Grecs et évacuent l'Ifrikiya.--Guerres civiles en Arabie.--Les Kharedjites; origine de ce schisme.--Mort d'Ali; triomphe des Oméïades.--État de la Berbérie; nouvelles courses des Arabes.--Suite des expéditions arabes en Mag'reb.--Okba gouverneur de l'Ifrikiya; fondation de Kaïrouan.--Gouvernement de Dinar.--Abou-el-Mohadjer.--2e gouvernement d'Okba; sa grande expédition en Mag'reb.--Défaite de Tehouda; mort d'Okba.--La Berbérie sous l'autorité de Koçéïla.--Nouvelles guerres civiles, en Arabie.--Les Kharedjites et les Chïaïtes.--Victoire de Zohéïr sur les Berbères; mort de Koçéïla.--Zohéïr évacue l'Ifrikiya.--Mort du fils de Zobéïr; triomphe d'Abd-el-Malek.--Situation de l'Afrique; la Kahéna.--La Kahéna reine des Berbères; ses destructions.--Défaite et mort de la Kahéna.--Conquête et organisation de l'Ifrikiya par Haçane.--Mouça-ben-Nocéïr achève la conquête de la Berbérie.
Campagnes de Amer en Cyrénaïque et en Tripolitaine.--Aussitôt après avoir effectué la conquête de l'Egypte, Amer poussa une pointe vers l'Ouest, jusqu'au pays de Barka. Les Houara et Louata de cette contrée furent contraints de se soumettre et, afin d'éviter l'esclavage, durent se racheter au prix d'une contribution de treize mille pièces d'or. Ils vendirent, dit-on, tout ce qu'ils possédaient, et même, en certains endroits, leurs enfants pour s'acquitter [303]. Après cette fructueuse razia, Amer rentra en Egypte (641). Pendant ce temps, un de ses lieutenants, Okba-ben-Nafa, parcourait les régions méridionales et s'avançait en vainqueur jusqu'à Zouila dans le Fezzan.
[Note 303: ][ (retour) ] Ibn-Abd-el-Hakem (apud Ibn-Khaldoun, t. I, p. 302 et suiv,). En-Nouéïri, id., p. 313. El-Kairouani, p. 36 et suiv.
Les campagnes dans l'Ouest étaient trop fructueuses pour que les guerriers de l'Islam ne fussent pas tentés d'y effectuer de nouvelles courses. En 612, Amer ayant organisé une expédition vint mettre le siège devant Tripoli et s'empara de cette ville, qui fut livrée au pillage. On y trouva un riche butin qui fut réparti entre les soldats. Les habitants qui purent se réfugier sur les vaisseaux et gagner le large furent épargnés; quant aux autres, ils n'obtinrent aucun quartier. De cette place, le général arabe envoya une reconnaisance de cavalerie sur Sabra, tandis qu'un corps de troupes allait de nouveau vers le Fezzan, et s'avançait jusqu'à Ouaddan.
En vain. Amer sollicita de son maître l'autorisation d'envahir l'Ifrikiya; mais ces opérations dans l'Ouest étaient faites contre le gré du khalife qui n'avait aucune confiance dans ce «lointain perfide», comme il se plaisait, par un jeu de mots, à appeler le Mag'reb; de plus il craignait un retour offensif des Byzantins en Égypte. Ces prévisions n'étaient que trop justifiées; on apprit tout à coup qu'une flotte grecque venait de s'emparer d'Alexandrie. Aussitôt Amer se porta contre l'ennemi à la tête de forces imposantes et força les chrétiens à la retraite.
Le khalife Othman prépare l'expédition d'Ifrikiya.--Le 31 octobre 644, Omar fut poignardé par un esclave ou artisan de Koufa. Avant de mourir, il désigna, comme candidats à sa succession, six des plus anciens compagnons de Mahomet. Ceux-ci, après trois jours de discussion, finirent par charger l'un d'eux, qui s'était désisté, de prononcer entre eux. Le Mekkois Othman-ben-Offan fut proclamé khalife, au grand désappointement des trois autres candidats. Ali, gendre du prophète, qui se considérait déjà comme ayant été frustré par les précédents khalifes, fut surtout très irrité de ce nouvel échec. Deux autres candidats, Zobéïr et Talha devaient également faire parler d'eux.
Othman appartenait à la famille des Beni-Oméïa qui s'était montrée l'adversaire acharnée de Mahomet; son triomphe était celui du parti mekkois. C'était un vieillard affaibli par l'âge qui se laissait entièrement diriger par ses parents. Un des premiers actes du nouveau khalife fut de rappeler Amer et de confier le commandement de l'Egypte à son frère de lait Abd-Allah-ben-Abou-Sarh. Vers 646 [304], ce général envoya des reconnaissances qui lui rapportèrent des renseignements précis sur la situation de l'Ifrikiya, et, lor squ'il eut réuni tous les documents, il pressa le khalife d'entreprendre cette conquête qui, disait-il, devait donner aux Musulmans une nouvelle gloire et un abondant butin. Mais, en Orient, on ne voyait pas l'entreprise sous un jour aussi favorable; le conseil réuni plusieurs fois hésita à l'autoriser et ce ne fut qu'à force d'insistance que le khalife finit par rallier les esprits et faire décider l'expédition.