[Note 304: ][ (retour) ] On sait que ces premières dates sont incertaines.
La guerre sainte fut alors proclamée et, un camp ayant été, dressé à El-Djorf, près de Médine, la fleur des guerriers de l'Islam vint s'y réunir [305]. Les tribus yéménites et maadites y envoyèrent leur contingent. Othman contribua de ses deniers à l'organisation de l'armée, qui se trouva prête dans l'automne de l'année 647. Au mois d'octobre le khalife vint la haranguer, puis ces troupes, pleines d'ardeur, se mirent en route sous la direction d'El-Harith. De son côté, le gouverneur de l'Egypte avait réuni toutes les forces dont il pouvait disposer. Lorsque les troupes d'Orient furent arrivées, il leur adjoignit les siennes et forma ainsi une armée d'environ cent vingt mille hommes, composée d'autant de cavaliers que de fantassins. Laissant le commandement de l'Egypte à Okba, il entraîna ses guerriers à la conquête des pays de l'Ouest, depuis si longtemps convoités par les Musulmans.
[Note 305: ][ (retour) ] En-Nouéïri donne les noms des principaux guerriers, presque tous compagnons de Mahomet (p. 314, 315).
Usurpation du Patrice Grégoire. Il se prépare à la lutte.--En présence des préparatifs des Arabes, que faisaient les Byzantins d'Afrique? Nous avons vu, à la fin de la première partie, que l'empereur Héraclius était mort après avoir eu la douleur de voir l'Egypte lui échapper. A cette nouvelle, le patrice Grégoire, fils du Grégoire dont il a été également parlé, qui gouvernait l'Afrique au nom de l'empire, jugea le moment favorable pour se déclarer indépendant. Il prit la pourpre, s'entoura des insignes de la royauté et choisit Sbéïtla [306], comme siège de son empire.
[Note 306: ][ (retour) ] L'antique Suffétula, au sud de Kaïrouan.
Karthage abandonnée fut occupée par un nouvel exarque, venu de Constantinople, et autour duquel se groupèrent les chrétiens restés fidèles. Bien que les détails fassent complètement défaut sur les conditions dans lesquelles l'usurpation de Grégoire s'est effectuée, il est probable que ce chef a été appuyé par les indigènes; le choix de Sbéïtla comme capitale semble l'indiquer. Ainsi, au moment où les Byzantins auraient dû grouper toutes leurs forces pour résister à l'étranger, ils étaient divisés par la guerre civile. C'est ce qui explique que, lors des premières razzias des Arabes, ils abandonnèrent la Tripolitaine à elle-même.
Cependant, Grégoire, averti de la prochaine attaque des Arabes, n'était pas resté inactif: il avait adressé un appel pressant aux débris de la population coloniale et aux Berbères. Les tribus indigènes de cette région, qui savaient, par ouï-dire, ce qu'était la rapacité des Arabes et se voyaient menacés dans leur existence et dans leurs biens, accoururent en foule sous ses étendards. Le patrice se trouva bientôt entouré d'un rassemblement considérable dont les auteurs arabes portent le chiffre à plus cent mille combattants, ce qui est évidemment exagéré. A la tête de cette armée il se porta en avant de Sbéïtla et attendit, dans une position retranchée, le choc de l'ennemi [307].
[Note 307: ][ (retour) ] Lebeau, Hist. du Bas-Empire, t. II, p. 319 et suiv. Ibn-Khald, Hist. des Berbères, t. I, p. 208, 209. En-Nouéïri, p. 317 et suiv. El-Kaïrouani, p. 39.
Défaite et mort de Grégoire.--Les guerriers arabes ne tardèrent pas à paraître; conduits par Abd-Allah, ils vinrent prendre position au lieu dit Akouba, en face du camp de ceux qu'ils appelaient les infidèles. Dans leur marche, ils avaient laissé de côté les villes du littoral où des sièges longs et difficiles les auraient retenus, et étaient venus attaquer leurs ennemis au centre de leur puissance. Quelques jours se passèrent d'abord en pourparlers. Abd-Allah proposait à Grégoire de se convertir à l'islamisme, de reconnaître la suzeraineté du khalifat et de payer tribut. Mais le prince grec refusa péremptoirement, et il fallut en venir aux mains. Les premières rencontres n'eurent rien de décisif; chaque matin, dit En-Nouéïri [308], on combattait entre les deux camps, jusqu'au milieu du jour, puis on rentrait de part et d'autre dans ses lignes pour prendre du repos et recommencer le lendemain. Les Grecs réparaient leurs pertes par des renforts qu'ils recevaient chaque jour, et les Arabes commençaient à douter du succès lorsqu'un événement imprévu vint â leur aide.
[Note 308: ][ (retour) ] Loc. cit.