[Note 312: ][ (retour) ] Amari (Storia, t. I, p. 110, 111), donne une partie du texte du discours.
[Note 313: ][ (retour) ] Habahia, selon le Baïan.
[Note 314: ][ (retour) ] Nous avons suivi dans le récit qui précède le texte d'En-Nouéiri, (p. 314 et suiv.), complété par les documents fournis par Ibn-Abd-El-Hakem, Ibn-Khaldoun, El-Kaïrouani, le Baïan. Pour les dates, nous avons adopté celles données par M. Fournel, Histoire des Berbers, p. 110 et suiv.
Guerres civiles en Arabie.--Les événements d'Orient vinrent distraire les Arabes de leurs entreprises contre l'Ifrikiya, et la conséquence fut de laisser quelques années de répit à la Berbérie. La partialité du khalife, qui n'était guidé dans le choix des gouverneurs que par des intérêts de famille, avait suscité d'ardentes haines que les candidats au trône surent habilement exploiter. Bientôt Othman fut assiégé dans son propre palais, à Médine, et, comme il résistait avec une grande fermeté aux sommations qui lui étaient adressées, les sicaires pénétrèrent chez lui par une maison voisine et le mirent à mort (juin 656). Ali, l'un des promoteurs du meurtre, fut élevé au khalifat par les Défenseurs. C'était le triomphe du parti des orthodoxes, des gens de Médine contre les nobles et les Mekkois, triomphe bien précaire et qui allait donner lieu à de sanglantes représailles.
Ali avait destitué tous les gouverneurs en les remplaçant par des Défenseurs et des hommes d'un dévouement à toute épreuve; mais l'un d'eux, Moaouïa-ben-Abou-Sofiane, surnommé le Fils de la, mangeuse de foie [315], gouverneur de la Syrie, qui avait acquis une grande puissance sous les précédents khalifes, refusa péremptoirement de le reconnaître. D'autre part, ses complices Zobéïr et Talha, qui avaient compté obtenir le khalifat, se retirèrent à La Mekke et, excités par Aïcha, la veuve du prophète, femme perfide et ambitieuse, se mirent en état de révolte. Ils appelèrent à eux les partisans d'Othman, avides de venger le meurtre de ce vieillard, et exploitant les rivalités qui divisaient les tribus, réunirent bientôt un nombre considérable de guerriers. Ali n'était soutenu que par les Défenseurs et les meurtriers d'Othman; mais il parvint à gagner l'appui des Arabes de Koufa. Il marcha alors contre les rebelles et remporta contre eux la bataille dite du Chameau, qui coûta la vie à Talba (8 décembre 656). Zobéïr périt assassiné dans sa fuite. Aïcha, échappée à la mort, était restée sur le champ de bataille auprès de son chameau criblé de traits; elle implora son pardon du vainqueur, qui le lui accorda.
[Note 315: ][ (retour) ] Sa mère, la féroce Hind, avait, dit-on, ouvert le ventre de Hamza, oncle du prophète, à la suite de la bataille d'Ohod, et, en ayant retiré le foie, l'avait déchiré avec ses dents.
Ali était maître de l'Arabie et de l'Egypte, mais la Syrie refusait toujours de le reconnaître, et Moaouïa aspirait ouvertement au khalifat. De Koufa, où il avait transporté le siège de l'empire, Ali marcha à la tête de quatre-vingt-dix mille hommes contre le rebelle et, après une campagne longue et meurtrière, il fut décidé qu'un arbitrage trancherait la question entre les deux compétiteurs. En vain Ali avait fait tous ses efforts pour éviter de verser le sang musulman, il avait même proposé à Moaouïa de vider leur querelle en combat singulier; mais celui-ci préféra l'emploi d'une diplomatie tortueuse, aboutissant à l'arbitrage qui devait, sans danger, lui conférer le pouvoir. Ali, trahi par une partie de ses adhérents, s'était retiré à Koufa; il refusa, non sans raison, de reconnaître la légalité de la sentence qui le déposait.
Les Kharedjites; origine de ce schisme.--Lorsqu'Ali s'était décidé à accepter l'arbitrage, douze mille de ses soldats, après avoir en vain essayé de l'en détourner, avaient déserté sa cause et s'étaient eux-mêmes séparés de la religion officielle. Le nom de Kharedjites (non-conformistes) leur fut appliqué à cette occasion. C'étaient des puritains austères, fidèles aux premières prédications de Mahomet et considérant tous les nouveaux convertis comme de purs infidèles. Le caractère propre de leur doctrine était l'égalité absolue du croyant. «Tous les Musulmans sont frères, répétaient-ils, d'après le Koran. Ne nous demandez pas si nous descendons de Kaïs ou bien de Temim; nous sommes tous fils de l'islamisme, tous nous rendons hommage à l'unité de Dieu, et celui que Dieu préfère aux autres, c'est celui qui lui montre le mieux sa gratitude». [316] Ces principes ne plaisaient guère aux Arabes, si partisans des castes et des droits de la naissance, et qui prenaient des doctrines de l'islamisme ce qui leur plaisait, en s'arrogeant le droit de juger les paroles du prophète. Les Kharedjites ne l'entendaient pas ainsi: pour eux, le demi-croyant était pire que l'infidèle, et comme ils se recrutaient parmi les plus basses classes de la société, le dissentiment religieux se complétait d'une rivalité sociale.
[Note 316: ][ (retour) ] Moubarred, p. 588. (Cité par Dozy, t. I, p. 142.)
Ces dissidents en arrivèrent bientôt à contester aux Koréïchites le droit exclusif au khalifat. Ils prétendaient que le chef des Musulmans pouvait être pris dans tout le corps des fidèles, sans distinction d'origine ni de race, même parmi les esclaves. Du reste, le rôle du khalife, selon eux, devait se borner à contenir les méchants; quant aux hommes vertueux, ils n'avaient pas besoin de chef. Tels étaient les principes de ces schismatiques que nous verrons jouer un si grand rôle dans l'histoire de l'Afrique.