Mort d'Ali. Triomphe des Oméïades.--Les fidèles adhérents d'Ali étaient devenus ses ennemis. Il marcha contre eux et en fit un carnage épouvantable à la bataille de Nehrouan (659). Pendant ce temps, les lieutenants de Moaouïa s'emparaient de l'Egypte et de la Mésopotamie, et le Hedjaz était envahi. Ali se multiplia pour repousser les attaques des Syriens, mais il avait d'autres ennemis. Les Kharedjites, qu'il avait cru exterminer, se reformaient dans l'ombre; ne pouvant entrer en lutte ouverte, ils employaient pour se venger une autre arme. Dans le mois de janvier 661, Ali tomba sous le poignard d'un de ces sectaires. Son fils El-Haçane recueillit son héritage; mais cette charge était trop lourde pour lui, et peu après il abdiquait en faveur de Moaouïa et allait se retirer à Médine, avec son frère El-Houcéïne. C'était la défaite des Défenseurs et le triomphe définitif des Oméïades et du parti mekkois.

Les Syriens, qui avaient tant contribué au succès de Moaouïa, acquirent dès lors une influence incontestée. Un grand nombre de tribus yéménites s'étaient fixées dans cette province quelques années auparavant. Elles s'y trouvèrent en rivalité avec celles de race maadite et déterminèrent l'émigration d'une partie de celles-ci en Irak. Cependant les Kaïsistes restèrent dans le pays, et entrèrent en lutte avec les Kelbites, une des principales tribus yéménites. Leur rivalité prit bientôt un caractère d'acuité extrême qui se traduisit par des luttes acharnées [317].

[Note 317: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Mus. d'Espagne, t. I, p. 114 et suiv.

Cependant, l'Egypte demeurait livrée à la fureur des factions. Les vengeurs d'Othman s'y étaient mis en état de révolte ouverte, puis Ali s'y était créé un parti. Vers la fin de 659, Moaouïa envoya en Egypte Amer-ben-El-Aci, avec des forces imposantes, et ce général parvint à placer toute la contrée sous l'autorité des Oméïades.

État de la Berbérie. Nouvelles courses des Arabes.--Les vingt années de guerre civile qui venaient de désoler l'Orient avaient eu pour conséquence de laisser à la Berbérie un moment de répit que les Grecs et les indigènes auraient dû employer pour organiser sérieusement leur résistance. Un rapprochement semblait s'être opéré entre les Berbères et les Byzantins après le départ des Arabes, mais il fallait rentrer dans les sommes versées aux envahisseurs, et bientôt l'avidité des agents du fisc impérial, les exactions des gouverneurs avaient entièrement détaché d'eux les indigènes.

Depuis longtemps les Arabes avaient fait des courses sur mer et s'étaient avancés jusque dans la Méditerranée antérieure. En 648, la flotte de Moaouïa, envoyée de Syrie, avait opéré une descente à Chypre; deux ans plus tard, son armée navale s'emparait de Rhodes, puis venait faire une expédition en Sicile et rentrait en Orient chargée de butin et de captives [318].

[Note 318: ][ (retour) ] Amari, Storia, t. I, p. 79 et suiv.

Le gouverneur de l'Egypte, Amer, qui avait toujours conservé l'espoir d'effectuer la conquête du Mag'reb, envoya de nouvelles expéditions, tant par terre que par mer, contre ce pays et les îles, mais les détails font absolument défaut relativement à ces entreprises que sa mort vint arrêter (663).

Suite des expéditions arabes en Mag'reb.--Vers l'an 665, Djenaha, cet agent qui avait été laissé par les Arabes à Sbéïtla, s'étant rendu en Orient auprès de Moaouïa, le décida à tenter une nouvelle expédition en Mag'reb. Le khalife confia le commandement à Moaouïa-ben-Hodaïdj (ou Khodaïdj); et ce général partit pour l'Ouest, à la tête d'une armée de dix mille hommes [319], composée de guerriers choisis. L'empereur, averti de cette expédition, envoya en Afrique des renforts sous le commandement du patrice Nicéphore.

[Note 319: ][ (retour) ] Selon El-Kaïrouani, p. 40.