Les détails fournis par les auteurs arabes sur les premiers actes du gouvernement de Mouça sont contradictoires. Il paraît probable qu'il commença par rétablir la tranquillité dans l'Ifrikiya et le Mag'reb central, au moyen d'expéditions dans lesquelles il déploya la plus grande rigueur. En même temps il s'appliquait à former de bonnes troupes indigènes et à organiser une flotte au moyen de laquelle il pût piller les îles de la Méditerranée. Cela fait, il entreprit une campagne dans l'ouest, où les Berbères n'avaient pas revu d'Arabes depuis Okba; aussi avaient-ils repris leur liberté et répudié le culte musulman. Il infligea d'abord une défaite aux R'omara, mais, parvenu à Ceuta, il trouva cette ville en état de défense, sous le commandement du comte Julien, et essaya en vain de la réduire. Il fit dés razzias aux environs, espérant affamer la place; mais Julien recevait par mer des vivres d'Espagne, et chaque fois qu'il se mesurait avec les Musulmans leur faisait éprouver de rudes échecs [339]. Abandonnant ce siège, Mouça pénétra au cœur de l'Atlas et attaqua et réduisit les tribus masmoudiennes. Après s'être avancé jusqu'au Sous, il traversa le pays de Derâ et porta ses armes victorieuses jusqu'aux oasis de Sidjilmassa [340]. Ayant soumis toutes ces contrées et exigé des otages de chaque tribu, il revint vers Tanger et s'empara de cette ville.
[Note 338: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. I, p. 229.
[Note 339: ][ (retour) ] Akhbar Madjouma, apud Dozy, Recherches sur l'histoire de l'Espagne, t. I, p. 45.
[Note 340: ][ (retour) ] Tafilala.
Le gouverneur plaça à Tanger un berbère converti du nom de Tarik, auquel il laissa un corps nombreux de cavaliers indigènes. Vingt-sept Arabes restèrent également dans la contrée pour instruire les Berbères dans la religion musulmane. Vers 708, le gouverneur rentra à Kaïrouan en rapportant un butin considérable dont le quint fut envoyé au khalife. Il s'occupa avec activité des intérêts de la religion. «Toutes les anciennes églises des chrétiens furent transformées en mosquées», dit l'auteur du Baïan. La conquête de l'Afrique septentrionale était terminée; mais ce théâtre n'était déjà plus assez vaste pour les Arabes; ils allaient reporter sur l'Europe leur ardeur et faire trembler la chrétienté dans ses fondements. Déjà, depuis quelques années, ils exécutaient d'audacieuses courses sur mer et portaient la dévastation sur les rivages de la Sicile, de la Sardaigne et des Baléares.
Ainsi, en un peu plus de cinquante ans, fut consommé l'asservissement du peuple berbère aux Arabes, et l'Afrique devint musulmane. Mais, si la Berbérie avait changé de maîtres, aucun élément nouveau de population n'y avait été introduit. Le gouverneur arabe de Kaïrouan remplaçait le patrice byzantin de Karthage. De petites garnisons laissées dans les postes importants, des missionnaires parcourant les tribus pour répandre l'islamisme, ce fut à quoi se borna l'occupation. Le Mag'reb, tout en se laissant extérieurement arabiser, demeura purement berbère. La faiblesse de l'occupation, qui ne fut pas complétée par une immigration coloniale, devait permettre aux indigènes de se débarrasser bientôt de la domination du khalifat.
CHAPITRE III
CONQUÊTE DE L'ESPAGNE.--RÉVOLTE KHAREDJITE
709--750